La perception italienne du rôle de la France et de l'Allemagne dans
l'élaboration de la constitution européenne

T. Favaretto

Résumé :

Ces derniers temps, l’approfondissement du cadre institutionnel de l’UE, qui est au centre des discussions de la Convention européenne sur le rôle, l’organisation de l’Union et sa présence sur la scène internationale, a été éclipsé par la confrontation de plus en plus âpre entre certains Etats européens et les USA concernant le problème de l’Irak, ainsi que par la profonde division qui en a résulté entre les membres de l’UE.
L’Allemagne et la France n’ont pas ressenti le besoin, avant d’exprimer leur position “commune”, sur l’Irak, de consulter ou de concerter leur position avec leurs partenaires de l’UE. Peu après, une "autre Europe", réunissant huit signataires, dont quelques pays membres (Grande-Bretagne, Espagne, Italie et Danemark) et des pays en phase d’adhésion, a exprimé sa solidarité avec les Etats-Unis d’Amérique.Tout ceci s’est produit quelques jours après la présentation des propositions franco-allemandes sur l’architecture institutionnelle de la future Union européenne et, en particulier, sur l’organisation de la politique étrangère commune de l’Europe et le renforcement des fonctions liées à la sécurité et à la défense.
Les réactions italiennes à la proposition franco-allemande semblent prudentes quant aux solutions techniques : d’une part, l’Italie souhaite éviter toute difficulté en vue du semestre de Présidence italienne et de l’objectif de signer à Rome le texte de la nouvelle constitution, d’autre part elle souhaite trouver un espace de discussion et de concertation dans le cadre des six pays fondateurs (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg).
Aujourd’hui, l’avancée de la construction politique de l’UE est fortement conditionnée par la défiance et la position des Etats nationaux. En réalité, le contexte européen avait déjà changé ces dernières années, la crise actuelle ne faisant qu’aggraver la situation. Les Etats nationaux sont de plus en plus méfiants face à l’attribution de nouveaux pouvoirs au niveau supranational. L’Italie, pays traditionnellement européiste, ne fait pas exception. La vision supranationale s’y est nettement atténuée.
Au cours du second semestre 2003, l’Italie assurera la présidence de l’UE. Dans ce contexte, ses bons rapports avec les Etats-Unis pourraient favoriser une première recomposition des rapports euro-atlantiques. D’une manière analogue, en dépit des ressentiments actuels, elle devrait pouvoir entamer au sein de l’UE un travail de raccommodage des différentes positions. En revanche, dans le cadre de la Convention, elle devra peaufiner son rôle de proposition face au durcissement possible des positions de ses partenaires. Si elle réussit dans ces trois domaines, son action pourrait être vraiment utile à l’Europe, au cours d’un semestre qui s’annonce hérissé de difficultés.

Summary :

Recently the exploration of the EU’s institutional framework, under discussion in the European Convention, regarding the Union’s tasks, organisation and international role, has been overshadowed by increasing friction between some European countries and the United States on the question of Iraq and the deep divisions between EU members states that have ensued.
Before expressing their “joint” position on Iraq, Germany and France saw no need to consult their European partners or find possible concerted action with them. Shortly afterwards, “another Europe”, whose eight signatories include some EU member states (Britain, Spain Italy and Denmark) and prospective members, expressed their solidarity with the United States. All this took place a short time after the presentation of a number of Franco-German proposals for the future institutional architecture of the European Union, in particular the organisation of a European common foreign policy and the strengthening of other roles in terms of security and defence. Italian reactions to the Franco-German proposal appear cautious with regard to its technical solutions, firstly because there is no wish to raise problems with a view to the forthcoming Italian Presidency and in the light of the objective of signing the new Constitution in Rome, and secondly because Italy is thought to be aiming to find room for discussion and concerted action within the specific group of the six-founder members (France, Germany, Italy, Belgium, Holland and Luxembourg).
The conditions under which the political construction of the EU will be able to go ahead seem to be heavily influenced by the mistrust of national governments and by their individual requirements. In point of fact relations in Europe have been deteriorating in recent years, and the present crisis is worsening them still further.
National governments are increasingly unwilling to delegate any more of their powers to the supranational level. Italy, traditionally a pro-European country, is no longer an exception to this trend. The supranational vision of things has been sharply curtailed.
In the second half of 2003 Italy will take on the Presidency of the EU. In this capacity, its good relations with the United States may prove useful in taking the first steps to mend the Euro-Atlantic understanding. Similarly, despite the present climate of bitterness, it should be possible for Italy to work on reconciling the differing positions within the EU. But it will have to strengthen its resolve to take the initiative in the Convention against the prospect of opposition and rigid stances being adopted by its partners. Should Italy succeed in these three tasks, its work could prove to be of great value to Europe in what is certainly going to be a difficult six months. Jean-Louis Georget
Les cinquante du Bade-Wurtemberg