René GIRARD, professeur émérite de l'Université de Lyon 2 en littérature allemande moderne et contemporaine sest éteint le 30 août 2003. Né à Saint-Etienne de parents instituteurs et directeurs d'école, il manifeste de bonne heure, après la guerre, son intérêt pour l'Allemagne en participant, en 1946, au premier stage d'étudiants français au-delà du Rhin. Ses études à la Faculté des Lettres de Lyon, dont le département d'allemand est alors dirigé par Maurice Colleville et Jean-Jacques Anstett, le conduisent à l'agrégation. Après un temps d'enseignement dans un lycée de Paris où nous fîmes connaissance au milieu des années 1950 grâce à un ami commun, le très regretté Edouard Pfrimmer, à la mémoire de qui René Girard dédiera sa thèse, il devient en 1958 assistant à Lyon, où il a fait toute sa carrière. Il soutient sa thèse de doctorat d'Etat ès lettres à la Sorbonne au printemps 1968, dans un environnement pour le moins mouvementé.
Cette thèse (J.M.R. Lenz. Genèse d'une dramaturgie du tragicomique, Klincksieck. 1968) d'une portée méthodologique dépassant les frontières de la germanistique, renouvelait l'interprétation des uvres théâtrales en évitant le biographisme et en faisant intervenir le point de vue moderne de la psychanalyse: étude des thèmes récurrents, obsessionnels dans un psychisme névrotique s'exprimant dans les formes de la tragicomédie. Cette approche originale par la "psychocritique" est poursuivie dans des articles sur Lenz, sur Büchner, Brecht, Dürrenmatt et d'autres encore. Spécialiste du théâtre allemand classique et moderne, René Girard eut toujours le souci d'allier la pratique à la théorie en établissant des contacts avec les gens de théâtre de Lyon et d 'ailleurs et en participant au lancement et à la rédaction de la revue de théâtre ORGANON, publiée alors par le Centre d'études et de recherches théâtrales de l'université Lyon 2. Son séminaire "Littérature et Psychanalyse", de 1975 à 1985, réunissait régulièrement à Lyon des chercheurs et des collègues de diverses universités de Rhône-Alpes et de Provence-Côte d'Azur. Il a dirigé de nombreuses thèses, soutenues à Lyon 2, sur le théâtre de langue allemande et il a traduit, en collaboration, un volume des uvres de J.M.R. Lenz (Paris, L'Arche. 1972).
C'est en 1968 que René Girard a manifesté toute sa maîtrise. Lucide, rationnel dynamique, serein, souverain dans les situations les plus tumultueuses où il semblait que l'Histoire à tout moment pouvait basculer, il fut alors pour beaucoup de ses collègues une référence et un repère. Profondément démocrate, à l'écoute des étudiants mais sans jamais de concessions à la démagogie, il savait apaiser les conflits et tempérer les ardeurs par sa distance critique et son ironie parfois acerbe. Il fut à deux reprises président, tout d'abord dans l'assemblée qui élaborait les statuts de la nouvelle université Lyon 2, puis à la tête de l'Association des Germanistes de lEnseignement Supérieur (AGES). Pour son activité dans cette fonction, on ne peut faire mieux que renvoyer au dernier paragraphe du message qu'il adressa au 30ème congrès de cette Association (Le territoire du germaniste, p. 325), où il évoquait la politique suivie pendant sa présidence. Homme d'intelligence autant qu'homme d'action, toujours il sut assumer au plus haut niveau(il fut au début des années 80 membre de l " Observatoire des langues vivantes " et conseiller du ministre de l'Education Nationale) les tâches de l'enseignant-chercheur, du citoyen au service de la République et de son école, et celles du généreux militant de la cause sociale.
René Girard était chevalier de la Légion dhonneur, chevalier de lOrdre national du mérite, commandeur des Palmes académiques et officier de lOrdre du mérite de la République fédérale dAllemagne.
- Joël LEFEBVRE -
Nous reproduisons ici, avec laimable autorisation de lauteur que nous remercions, la notice publiée dans le Bulletin de lAGES