Plus dune décennie après leffondrement du bloc soviétique, la plupart des pays dEurope appartenant autrefois à ce bloc sapprêtent à entrer dans lUnion européenne. Le 13 décembre 2002 à Copenhague, la clôture des négociations dadhésion entre lUnion européenne et huit pays dEurope centrale et orientale (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Estonie, Lettonie et Lituanie, appelés PECO), plus Chypre et Malte, a ouvert à ces pays la perspective ferme et définitive de leur entrée dans lUE le 1er mai 2004, à temps pour participer aux élections du Parlement européen en juin 2004. Le 16 avril 2003 a été signé à Athènes le traité dadhésion, tandis que dans les pays candidats, la ratification de ladhésion, qui à lexception de Chypre se fait par voie de référendum, vient de sachever. Maltais, Slovènes, Hongrois, Lituaniens, Slovaques, Polonais Tchèques, Estoniens et enfin Lettons se sont déjà prononcés pour ladhésion de leur pays à lUE, en général à une écrasante majorité 1. Cet élargissement, le 5ème dans lhistoire de lEurope communautaire, est sans précédent pour au moins deux raisons : cest la première fois quautant de pays rejoignent en même temps lUnion (même si en fait laugmentation de population sera moindre que lors délargissements antérieurs), et cest la première fois que les disparités socio-économiques entre anciens et futurs membres, à la fois au plan national et au plan régional, sont aussi fortes. Tous les futurs membres dEurope centrale et orientale ont un PIB par habitant inférieur à la moyenne de lUE, et même, à lexception de la Slovénie, inférieur à celui de lEtat membre actuel le moins avancé de lUnion. En raison du défi jusqualors inégalé que représentait cet élargissement pour lavenir de lUnion européenne tout entière, les dirigeants nationaux et communautaires ont voulu préparer minutieusement ce processus pour lequel rien ne devait être laissé au hasard. Des stratégies inédites reposant sur des programmes ad hoc ont ainsi été élaborées, avec le but explicite de faciliter et dencourager le processus de rapprochement entre les législations des pays candidats et celles des actuels Etats membres de lUE.
Ce dossier vise à présenter divers éclairages sur les initiatives prises depuis 1990 par les Etats membres de lUnion européenne au niveau communautaire et bilatéral, pour accompagner et encourager le processus de transformation politique et économique dans ces pays, en se concentrant plus particulièrement sur laide à la formation de ladministration et des " élites ". La question principale quil pose est, au-delà de lefficacité de cette aide, celle de la réciprocité de ces échanges : que nous apprennent ces programmes de soutien sur la future coopération entre les anciens et les nouveaux Etats membres ? Les quatre textes rassemblés ici constituent les versions remaniées et actualisées dallocutions prononcées lors dune journée détudes organisée le 28 octobre 2002 à lENS Lettres et Sciences humaines de Lyon. 2
Le premier, " Les transferts de compétence Est/Ouest et la redéfinition du politique en Europe : unilatéralité ou réciprocité? ", se propose douvrir le débat par une réflexion sur les modalités générales des relations Est/Ouest tissées dans le cadre de lélargissement. Tenant davantage de lessai que dun article de recherche scientifique, il sattachera à mettre en lumière comment, des conditions dadhésion aux partenariats institutionnels, lUnion et à travers elle les anciens Etats membres imposent leur modèle aux PECO, avant douvrir sur des perspectives plus récentes permettant dobserver un début de participation de lEst à la redéfinition du politique en Europe. Le deuxième article, " La coopération allemande face à lélargissement de lUnion européenne : de Transform à PHARE/Twinning ", sattache à mettre en évidence les évolutions du premier programme dassistance communautaire dans la région, ainsi que les facteurs de ces changements. Il est loccasion dune réflexion sur le concept même dassistance, et sur lensemble de la stratégie mise en place par, notamment, la Commission européenne pour organiser lélargissement. Le troisième, " Lassistance allemande aux Pays dEurope Centrale et Orientale (PECO) : entre bilatéralisme et multilatéralisme ", a pour but de présenter lassistance fédérale allemande aux PECO, la plus importante en terme de volume parmi les pays de lOCDE et du G7. Dans un premier temps, l'article montre dans quelle mesure la fin de la division Est-Ouest a ouvert une fenêtre d'opportunité politique permettant l'institutionnalisation d'une expertise spécifique en Allemagne à travers le programme d'assistance "Transform". Dans un second temps, il détaille les liens ténus qui se sont construits entre cette initiative bilatérale et le programme européen PHARE/Twinning, qui permet aux Etats candidats de reprendre l'acquis communautaire et aux Etats membres de promouvoir une expertise sectorielle. Enfin le dernier article, " Coopérations et transferts de compétences dans le domaine universitaire ", présente les grands défis des universités européennes : celles des PECO dabord, pour lesquelles la coopération avec lOuest fut essentielle à leur restructuration, mais aussi celles des pays membres, confrontées au besoin de se moderniser. Aujourdhui, cest partout que lenseignement supérieur est condamné à souvrir à linternational, notamment par le biais de la mobilité. La réciprocité des échanges Est/Ouest sinstalle peu à peu.
- H. KESTELOOT-AGUIDISSOU -
1 Voir à la fin le calendrier des référendums avec leurs résultats.
2 Cette journée d'études a été organisée dans le cadre du Centre de philosophie politique contemporaine (UPRES-A 8004, CNRS/ENS Lettres et Sciences humaines), dirigé par Gérard Raulet. Intitulée " Coopération et transferts de compétences. Le soutien des pays membres de lUnion européenne au processus de reconstitution du politique en Europe de lEst ", cette journée avait pour but de faire se croiser et dialoguer les points de vue de jeunes chercheurs (les auteurs de ce dossier) et de professionnels, en loccurrence Jasminka Nowak (responsable de la coopération internationale au ministère de lIntégration européenne de Croatie), Gosia Kacpowska (consultante en management interculturel pour les entreprises), et Maurice Guyader (Commission européenne, DG Elargissement).
| PAYS | DATES | RESULTATS |
| Malte | 8 mars 2003 | 54 % de " oui " |
| Slovénie | 23 mars 2003 | 90 % de " oui " |
| Hongrie | 12 avril 2003 | 84 % de " oui " |
| Lituanie | 11 mai 2003 | 90 % de " oui " |
| Slovaquie | 16/17 mai 2003 | 92 % de " oui " |
| Pologne | 8 juin 2003 | 77 % de " oui " |
| République tchèque | 5/16 juin 2003 | 77 % de " oui " |
| Estonie | 14 septembre 2003 | 67 % de " oui " |
| Lettonie | 20 septembre 2003 | 67 % de " oui " |
| Chypre | Pas de référendum prévu |