Carola Hähnel-Mesnard

" La rupture dans la vie " — Les récits de la jeune génération
d’Allemands de l’Est entre témoignage et fiction

 

Lorsque la narratrice d’un des récits de Julia Schoch revient sur les lieux de son enfance, elle constate : " Mais, à présent que j’étais de retour, je devais constater qu’aucun romantisme ne voulait se faire sentir, bien que je l’eusse mis en scène. ".(1) Journaliste originaire de RDA, la narratrice avait été encouragée par son rédacteur en chef d’écrire des histoires sincères et authentiques : " Vous avec cette rupture dans la vie, ça ne devrait quand même pas vous poser de problèmes." (2) Or, ce retour voulu authentique suit en réalité une mise en scène imaginée depuis longtemps, depuis une époque où la " rupture dans la vie " était encore imprévisible : " Mais déjà dans les rêves d’enfant je m’étais vue revenir, je m’étais imaginé immobile, muette et pensant que jadis je m’étais vue revenir, comme si j’avais été innocente et n’avais pas tout écrit déjà dans un cahier vert foncé, avec les premières lettres apprises. Comme si je n’avais pas vécu d’après un programme qui avait été décidé avec ce même cahier vert foncé. […] " (3). Si l’écriture apparaît ici comme constitutive de l’existence, indispensable à l’agencement et à l’organisation d’un projet de vie, elle détermine également le futur souvenir dont la narratrice révèle l’artefact. Le retour sur le passé suit une construction exacte, à partir d’un point de vue imaginé il y a longtemps, un point de vue qui détermine les souvenirs à l’avance et met en doute leur spontanéité ou authenticité. Des réflexions de ce type sur le statut et la véracité du souvenir, et également sur la fiabilité de la mémoire, sont plutôt rares dans la littérature qui nous intéresse ici : les œuvres d’auteurs d’origine est-allemande, nés dans les années 1970, qui reviennent sur leur passé en RDA. Mais elles sont d’autant plus importantes que l’objet de cette littérature est en grande partie — dû à l’âge des auteurs — l’enfance et l’adolescence. Et comme le fait remarquer Laure Himy-Pieri, " l’enfance est un contenu oscillant entre réalité passée (et à ce titre victime des aléas de la mémoire) et fiction " (4).

La littérature de la " dernière " génération de la RDA, appelée " Generation Trabant " ou " Zonenkinder ", d’après le livre de Jana Hensel paru en 2002, oscille entre récit d’enfance, souvenir, autobiographie et témoignage ; il oscille entre récit fictionnel et récit factuel (Genette), sans qu’une attribution exacte ne soit toujours possible. Si certains, comme Julia Schoch, sont conscients du statut problématique du souvenir et de sa véracité, d’autres ont tendance à s’afficher en témoin, ou du moins d’être perçus comme tels, comme c’est le cas de Claudia Rusch, dont le livre Meine Freie Deutsche Jugend est glorifié comme " source de premier rang " par une journaliste de la Frankfurter Rundschau (5). Or, le regard rétrospectif de Claudia Rusch n’est pas moins soumis aux aléas de la mémoire que celui d’autres auteurs. Dans des investigations récentes sur le souvenir et la mémoire, le sociologue Harald Welzer a montré que la mémoire est tout sauf une archive fiable du passé et que le retour sur le passé servait d’abord à s’orienter dans le présent (6). Pour examiner les modalités du retour des auteurs sur leur passé en RDA j’ai choisi trois auteurs et trois œuvres qui se distinguent au niveau de leur genre et de leurs choix narratifs : un roman autobiographique avec Alles nur geklaut (1999) de Falko Hennig (né en 1969), des souvenirs d’enfance à fort caractère de témoignage, sans attribution de genre sur la couverture, avec Meine Freie Deutsche Jugend (2003) de Claudia Rusch (née en 1971) et des récits avec des points de vue narratologiques divers avec Der Körper des Salamanders (2001) de Julia Schoch (née en 1974)

Les auteurs de cette " génération " soulignent souvent l’importance de leur date de naissance, comme si on pouvait concevoir plusieurs degrés de compétence en matière de RDA. Certes, les expériences de quelqu’un qui avait vingt ans à la chute du Mur, comme c’est le cas pour Falko Hennig, sont très différentes de celles d’une Jana Hensel qui n’en avait que treize. Les premiers ont fait toute leur scolarité en RDA, avec la nécessité de se soumettre à des pressions idéologiques lors du choix d’un apprentissage, lorsqu’ils voulaient passer le bac ou obtenir une place à l’Université. On les incitait à entrer au parti ou à faire un service militaire prolongé pour faire la carrière de leur choix, et il leur fallait déployer des stratégies de " Eigen-Sinn ", pour utiliser le terme de Thomas Lindenberger, s’ils voulaient se soustraire à ces pressions. Quant aux seconds, ils étaient (pré)adolescents à la chute du Mur, certes conscients du fonctionnement du système, mais sans devoir prendre encore de décision déterminante pour leur avenir. Pour eux, c’est la rupture d’un changement de système politique et les expériences dans le processus de transition, intervenant lors du passage décisif de l’enfance à l’âge adulte, qui était structurante, de façon à ce que certains parlent même d’une " Generation Mauerfall " (" génération chute du Mur ") (7). Face à l’importance accordée par certains auteurs à ce clivage à l’intérieur d’une " génération " (ce concept reste de toute façon problématique), on peut se demander si les différences dans l’étendue des expériences individuelles se répercutent dans la littérature de ces auteurs. Mais parallèlement il faudrait aussi se demander si ce supplément d’expériences en termes presque quantitatifs est réellement nécessaire à la littérature, ou si ce n’est pas l’intensité du vécu qui compte le plus, indépendamment de sa durée.

Une fiction picaresque sur fond autobiographique — Falko Hennig : Alles nur geklaut

Dans ce roman autobiographique (la biographie de l’auteur présentée sur la quatrième correspond globalement à celle de son héros), un narrateur à la première personne fait le récit de son enfance et de son adolescence à travers des épisodes kaléidoscopiques très courts allant d’une demie page à deux pages maximum. Les trois parties chronologiques du roman couvrent l’enfance en RDA jusqu’au choix d’un métier, l’apprentissage et la fuite de la RDA via la Hongrie et l’Autriche en 1989 et finalement l’arrivée en Allemagne de l’Ouest d’où le personnage principal vit la chute du Mur. Comme chez d’autres auteurs de cette génération, notamment Jakob Hein, Jana Simon, Jana Hensel ou encore Claudia Rusch, le quotidien vécu en RDA se trouve au centre des récits. Ce sont des souvenirs personnels plus ou moins banals — la famille, les amis, l’école —, comme des albums de famille avec un décor commun duquel chaque auteur essaie de se distinguer. Falko Hennig met au centre de son roman les activités cleptomanes que le jeune héros a développées depuis sa plus tendre enfance. Vu la carrière inhabituelle du protagoniste, il n’est que logique que ce roman soit dédié " Aux victimes ", et seul un lecteur qui ignore les éléments de distanciation et les traces du picaresque peut y voir " un regard critique sur le régime de la RDA " et sur les " vices et dangers d’un régime totalitaire " (8). Le regard critique sur la RDA est bien sûr présent, mais surtout pas sur le mode d’une dénonciation moralisante de son caractère " totalitaire ".

Falko Hennig fait précéder son roman d’une citation de Stanislaw Lem, où celui-ci s’interroge sur le choix douteux, mais apparemment nécessaire, d’un système d’explication qui donne rétrospectivement sens à l’existence : " […] Peut-être tout simplement parce que nous voulons que ce qui est, autant que ce qui fut, ait constamment un sens convenable et intentionnel, bien que rien ne dise que cela doive être ainsi ? ". Comme Julia Schoch, l’auteur est conscient du caractère arbitraire du regard sur le passé, de la construction dont les éléments de celui-ci font l’objet. Cette épigraphe renforce l’indice de la fictionnalité du roman et incite à ne pas le lire comme un témoignage ou un regard objectif sur la RDA. Dans le roman de Hennig, la RDA apparaît comme un espace fermé et exigu. Mais dans cette " cage étroite ", tout semble possible. Que le héros vole des livres dans des bibliothèques et librairies, qu’il s’introduise dans des décharges, des usines, des supermarchés ou encore des expositions pour s’adonner à son métier de " pique-tout ", personne ne lui demande des comptes. Et même lorsqu’il pénètre dans la Chambre du Peuple dans le Palais de la République, la confondant avec le théâtre situé au même endroit où il compte se glisser discrètement pour assister à un spectacle du comique ouest-allemand Loriot, l’interrogatoire par la Stasi se termine finalement par une simple admonestation.

En dehors de sa carrière de petit criminel qui distingue le héros autobiographique de Hennig du reste de ses contemporains, celui-ci traverse les étapes classiques d’une socialisation est-allemande. Un panorama de pratiques et de lieux socioculturels ainsi que de rituels idéologiques spécifiques à la RDA se présente ainsi au lecteur. Lorsqu’il ne s’agit pas d’une simple mention de noms propres qui introduit comme un " effet de réel ", la fiction est scandée par des passages presque documentaires riches en informations civilisationnelles (9). Quand le héros ne fait pas preuve d’exception dans ses excursions à la recherche d’objets rares, il passe son temps au jardin d’enfant " Clara Zetkin ", collecte des matières récupérables (Altstoffe) ou est responsable d’un journal mural (Wandzeitung). Un peu plus âgé, il fait, une fois par semaine, ses preuves dans la production ou dans les coopératives (PA/Produktive Arbeit), n’échappe ni à la Jugendweihe, ni au sport de compétition ou au camp d’entraînement militaire, ni, bien sûr, aux " terribles lectures publiques de Gisela Steineckert ", une des poètes faisant partie du canon scolaire officiel et dont les textes se transformaient régulièrement en sujets d’examen. A côté de cette " vie officielle ", le héros passe ses vacances d’été à la mer baltique, en pratiquant bien sûr le nudisme, et ses vacances d’hiver dans les monts des Géants, comme tant d’autres. Quand il n’occupe pas son temps à s’enfuir dans des régions lointaines via Karl May, Jules Verne, Jack London et Mark Twain, il passe beaucoup de temps à regarder les émissions de l’ennemi de classe à la télé : " L’homme qui tombe à pic ", " Pour l’amour du risque ", " Capitaine Flam " ou " Tom et Jerry " (10) — la distraction occidentale, de préférence américanisée, fait partie intégrante de la culture de cette génération. De telles références à un arrière-plan idéologique et culturel commun traversent la plupart des récits de cette génération d’écrivains ; on peut avoir l’impression d’avoir affaire à un même grand livre. Même s’il ne s’agit là que du décor dans lequel et contre lequel les personnages évoluent en affirmant entièrement leur individualité — le héros de Hennig fait effectivement preuve de nombreux actes de résistance à l’endoctrinement idéologique —, on ne peut s’empêcher d’y voir une réduction stéréotypée de la réalité en RDA.

De même, de nombreuses anecdotes et souvenirs se ressemblent et apparaissent comme des composantes interchangeables dans les textes des différents auteurs. A cela, on peut voir une raison dans le contexte de production et d’émergence de certains textes, qui est, notamment pour les auteurs masculins, le cadre des Lesebühnen qui se sont développés depuis quelques années à Berlin-Est (11). Des auteurs lisent leurs textes en public, dans des bars ou des lieux aussi insolites qu’une piscine désaffectée du Prenzlauer Berg, en conférant à leurs prestations un caractère volontairement oral et non-artistique. L’essentiel, c’est que les textes soient drôles et portent les traces de leur élaboration spontanée. Ces histoires sans prétention mettent au centre les expériences faites en RDA qui non seulement permettent de créer un sentiment de communauté, mais, comme le formule Jörg Magenau, de recréer une espèce de " patrie ", un " fond de souvenirs commun dans un monde naufragé et ridicule " et d’exprimer une " désolation commune dans la société actuelle " (12). Si nombre de protagonistes de ces lectures publiques restent inconnus, d’autres comme Falko Hennig, Jakob Hein ou Jochen Schmidt ont trouvé des éditeurs et participent ainsi de cette vogue de jeune littérature est-allemande qui revête parfois un caractère artificiel. Comme ces auteurs se connaissent, s’écoutent et se présentent ensemble, il n’est pas étonnant qu’il y ait une certaine porosité entre leurs textes.

Les événements drôles et drolatiques vécus par le héros de Hennig ne cachent pas le sérieux d’une jeunesse en RDA, les pressions dues au caractère coercitif du système (à travers des remarques sur la militarisation de la société, la criminalisation des insoumis ou l’allusion aux mouvements oppositionnels). Une particularité de l’auteur est le retour au passé national-socialiste, la dénonciation de certaines continuités personnelles qui rompent avec la vision officielle d’une population unanimement antifasciste. Ainsi, le grand-père du héros, membre du NSDAP et de la SA, adhère tout de suite au SED après la guerre et interdit plus tard à sa famille de regarder la télé de l’Ouest. Lorsque son fils (le père du héros) critique l’État socialiste, il se retrouve en prison et se plaindra des années plus tard : " Sales nazis, sale Hitler. D’abord ils construisent l’autoroute, et ensuite ils n’y font rien pendant quarante ans. " (13) La dénonciation des tabous de l’historiographie officielle est une chose, le rapprochement et la confusion des deux systèmes — même ironiques — sont beaucoup plus problématiques. Hennig montre en tout cas que malgré les tabous officiels, sa génération pouvait être au courant du passé de leurs grands-parents. En revanche, Jana Hensel affirme que, contrairement aux jeunes Allemands de l’Ouest, " nous ne savions pas ce qu’avaient fait nos grands-parents, s’ils ont collaboré ou s’ils ont fait de la résistance. Nous, génération du présent, sommes nés dans un État du passé qui nous a déchargés des questions et des histoires désagréables. […] Nos amis savaient déjà qu’ils étaient les petits-fils du Troisième Reich. J’étais une d’entre eux. Mais ce n’est qu’à présent que je le savais aussi. " (14)

C’est peut-être au niveau de ces savoirs que les auteurs un peu plus âgés comme Hennig ont pu faire des expériences différentes. Par ailleurs, on pourrait se demander si le traitement unilatéral de l’histoire du national-socialisme dans une perspective antifasciste et le fait de ne pas intégrer, dans le cursus scolaire, une compréhension du fonctionnement du IIIe Reich, n’a pas éveillé la curiosité de cette génération pour cette période. Ainsi, le dernier roman de Hennig, Trabanten (2002), a pour théâtre la ville de Ludwigsfelde, haut lieu de la construction de scooters et de camions en RDA, et avant la guerre, lieu de production de moteurs d’avion de Daimler-Benz. Le lotissement non loin de la ville où habite le héros avec ses parents se révèle être le domicile de Wernher von Braun, concepteur des premières fusées nazies et futur employé de la NASA. Une coïncidence décisive qui alimente la fiction de Falko Hennig. Quant au héros de son premier roman, il opte finalement pour la " sortie " de la société en choisissant volontairement, comme tant d’autres, une " voie de garage " : il accepte un poste de portier à l’Académie des Arts où l’un des avantages était la lecture matinale de la presse occidentale avant l’arrivée du personnel. Cette existence marginale pendant la période de stagnation des années 1980 fut brusquement interrompue par l’ouverture de la frontière austro-hongroise. Le héros prévoit de partir à l’Ouest pour ses vacances, " non pas pour toujours, bien sûr, loin s’en faut. Je ne souffrais pas vraiment de la RDA. " (15) Cette appréciation rassurante renvoie à d’autres auteurs. Un des récits du recueil Mein erstes T-Shirt de Jakob Hein est précédé d’une citation de Jochen Schmidt qui affirme : " Pour Jochen Schmidt, la RDA n’était pas une expérience d’angoisse " (16). Car finalement, malgré tous ses défauts, " l’Est était en quelque sorte supérieur ", même s’il était " extrêmement difficile de dire dans quel sens exactement. " (17)

Si le roman de Hennig commence par l’histoire d’un petit vol au jardin d’enfants, il récidive à la fin d’une autre façon. Le héros se met à écrire, en puisant sa matière dans des journaux et des vieux livres qu’il recopie sans cesse. Le plagiat, en occurrence l’auto-plagiat, semble être également la technique préférée de l’auteur lui-même. Même si dans son deuxième roman Trabanten " tout n’est pas volé ", la troisième partie concernant chronologiquement l’après-1989 puise largement dans Alles nur geklaut, titre qui se transforme du même coup en précepte littéraire. Au lecteur de juger s’il supporte la répétition… d’autant plus qu’elle est relayée par d’autres auteurs encore !

 

Des histoires " vraies " — Claudia Rusch : Meine freie deutsche Jugend

Le livre de Claudia Rusch se présente sans indication de genre et les libraires le rangent souvent du côté des témoignages ou des livres spécialisés. L’auteur, fille de dissidents, se présente effectivement comme témoin d’une époque et livre dans ses vingt-cinq courts récits les impressions et anecdotes d’une enfance et d’une adolescence en RDA et en Allemagne unifiée. Alors que Falko Hennig choisit un regard strictement rétrospectif, Claudia Rusch mêle souvenirs d’enfance et observations contemporaines. Ses " miniatures historiques " (Wolfgang Hilbig) sont écrites dans un style enlevé et divertissant. Surtout les premières histoires sur l’enfance sont particulièrement drôles et émouvantes. Elles jouent sur le regard innocent et la perception limitée de l’enfant qui ignore l’existence du cafard en tant qu’insecte, puisque dans son entourage on désignait ainsi les indics de la Stasi, ou qui, assise sur les genoux d’un agent de police dans un train bondé, fait des blagues sur Erich Honecker. Contrairement aux nombreux autres récits de cette génération, ceux-ci se distinguent d’abord par l’histoire particulière de l’auteur qui a grandi dans l’entourage des dissidents Katja et Robert Havemann : " Ainsi, le 21 septembre 1976, mon cinquième anniversaire, nous arrivions à Grünheide dans la Marche de Brandebourg. Deux mois plus tard, Wolf Biermann était déchu de sa nationalité, Robert Havemann placée en résidence surveillée et ma vie changeait. " (18) Rusch souligne cette légitimation particulière et insiste sur la perspective privilégiée de son témoignage : " Je n’ai pas décidé avec mes parents de vivre dans l’opposition. J’ai été livré à cette décision. Aujourd’hui, je leur suis reconnaissante. Ils m’ont mise ainsi dans une situation privilégiée. Je sais exactement dans quel pays j’ai grandi. Personne ne peut insinuer que je ne sache pas de quoi je parle. Depuis la chute du Mur, cela facilite considérablement l’entente. " (19) S’il est tout à fait légitime que Rusch met en avant son regard privilégié, il est plus problématique de remettre en question les souvenirs des autres, comme elle le fait implicitement. Il ne fallait pas être dissident pour ne pas être dupe du régime et voir la réalité, y compris ses côtés répressifs. Sur fond de sa propre exceptionnalité, Rusch dessine une image du citoyen moyen de la RDA accumulant tous les clichés et stéréotypes : " […] parfois j’aurais bien été conformiste comme la moyenne des gens en RDA. Avec des parents au parti, des vacances à Kühlungsborn organisées par le service du FDGB et un trois-pièces à Marzahn. Sans secrets. Disparaître tout simplement dans la foule. " (20)

Ce condensé de clichés mis à part, les récits de l’auteur témoignent en effet d’une volonté d’être comme les autres, surtout en tant qu’enfant ou adolescente. Malgré sa position marginale, Rusch est socialisée comme ses camarades. Dans la description de certains détails du quotidien en RDA, elle rejoint les autres auteurs de sa génération. Ainsi, on apprend par exemple des détails sur la Jugendweihe et des explications sur le fonctionnement du système scolaire. Ce type d’explication descriptive se trouve chez la plupart des auteurs et peut servir d’indice sur le lecteur-modèle auquel ces textes s’adressent. Alors que chez Hennig, on apprend dans une apposition très explicite que les matières récupérables (Altstoffe), " c’étaient des bocaux, des bouteilles et du papier […] " (21), Rusch explique que " [...] Ernst Thälmann cumulait pour les enfants de RDA les deux fonctions de Robin des Bois et Superman. […] " (22) Si le premier rend explicite ce que les lecteurs ouest-allemands sont censés ignorer, Rusch va plus loin en cherchant des équivalents forcément incongrus dans la culture de l’autre qui se révèle être également la sienne. Plus que d’autres, Rusch ne semble jurer que par l’Ouest et oppose en quelque sorte une " génération Golf made in GDR " à la " génération Trabant " actuellement promue par les médias : " L’"intershop" était la Mecque de mon enfance. La Terre promise des sucreries. Le jardin d’Éden de l’abondance. Loin de toute réalité. " (23) L’auteur refuse expressément la nostalgie de certains de sa génération et se positionne ainsi en décalage, notamment au livre Zonenkinder de Jana Hensel : " Moi en tout cas, je n’ai aucune raison de me souvenir de mon enfance pleine de privations. Il était déjà assez dur de grandir sans les oursons de Haribo et les vignettes de collection de Duplo. " (24) De même, on voit apparaître comme une concurrence des mémoires et de la légitimité objective de parler de la RDA, lorsque l’auteur, née en 1971, insiste sur le fait que " [s]eul notre promotion a encore entièrement suivi le programme éducatif de la RDA. Nous étions les derniers véritables Allemands de l’Est. Et les premiers nouveaux Allemands de l’Ouest. " (25) Jana Hensel, cinq ans plus jeune, affirme également pour elle et ses camarades qui avaient entre douze et quinze ans à la chute du Mur, que " nous étions les premiers Allemands de l’Ouest de l’Allemagne de l’Est […] " (26). Indépendamment de son parcours particulier, ou, pourrait-on dire aussi, grâce à celui-ci, son bilan de la RDA ne diffère pas tellement des autres auteurs. Provenant des milieux dissidents, Claudia Rusch croyait jusqu’à la fin dans la possibilité de réformer la RDA, le " meilleur des deux États allemands ", comme on disait chez elle, et de maintenir une RDA autonome. Dans ce sens, la réunification ne correspond pas à ses attentes : " C’était la fin. Les manifs du lundi, le "Neues Forum", les piquets pacifiques, tout était en vain. Pas de socialisme réformé. Le Mur était tombé et la voie vers Aldi ouverte. C’était beaucoup trop tôt, cela signifiait la réunification. " (27)

Les récits de Claudia Rusch sont accompagnés d’un court texte de Wolfgang Hilbig. Ayant quitté la RDA en 1985, ce dernier voit dans les histoires de cette jeune femme des " leçons de rattrapage " pour les dernières années de la RDA. De façon quelque peu étonnante, Hilbig situe les textes en rupture avec la littérature de RDA, comme si, chez les jeunes auteurs, une continuité devait s’imposer et comme si " la " littérature de RDA avait été une entité homogène : " Ce sont des textes qui renoncent entièrement à des méthodes qui veulent contraindre le lecteur à ce qu’on appelle lire entre les lignes, ce qui m’a longtemps gâché la lecture de la littérature de RDA : des écritures qui tentaient d’empêtrer le lecteur dans des ambiguïtés, et qui en fin de compte soutenaient l’État, car le système de la RDA avait besoin d’ambiguïtés dissimulant sa véritable situation. " (28) Par l’éloge des récits de Claudia Rusch qui " renoncent entièrement à des inventions " et qui " se préservent de l’affirmation d’un obscurcissement par des métaphores, se dégagent de l’équivoque et du déguisement " (29), Hilbig plaide pour une écriture non-littéraire ou a-littéraire. Comme si on ne pouvait parler du passé que par des histoires vraies, non-fictionnelles. Comme s’il s’agissait de témoignages qui demandent, de plus, de renoncer à des éléments de style qui pourtant, souvent, permettent seulement la prise de parole.

Rappelons par ailleurs que " la " littérature de RDA a, elle aussi, déjà connu dans les années 1970 et 1980 un courant de littérature documentaire (Protokollliteratur) qui était à la recherche d’informations authentiques dans tous les domaines de la société et se consacrait à des thèmes rendus tabous par le discours officiel et dont seule la littérature pouvait se charger. Or, cette littérature, bien que critique vis-à-vis du régime, était loin de faire l’unanimité. Notamment dans les milieux marginalisés de la culture parallèle, milieux que Hilbig connaissait bien par ailleurs, on refusait ce type de littérature en le rapprochant de la conception officielle du réalisme par la commune tendance à l’absence d’une dimension littéraire, à l’univocité du propos et la clarté du message (30). Ainsi, l’argument de Hilbig pourrait tout à fait être retourné. La plupart des auteurs figurant actuellement sous le label " génération Trabant " écrivent des textes facilement lisibles et distrayants. Pour des auteurs comme Falko Hennig, Jochen Schmidt ou Jakob Hein, qui se produisent régulièrement sur les Lesebühnen, le renoncement à une ambition littéraire et la mise en avant d’un style oral lié à la lecture publique des textes, peuvent se lire comme le refus de la " haute-culture " dans un nouvel underground. Ce n’est pas un hasard que ces auteurs se retrouvent régulièrement au Kaffee Burger à Berlin tenu par Bert Papenfuß, un des protagonistes de la culture parallèle est-allemande des années 1980. D’autres auteurs comme Jana Hensel, Jana Simon ou tout récemment Peter Richter (31) optent pour une écriture essayistique qui se rapproche du journalisme, un métier qu’ils ont tous exercé. Les récits de Claudia Rusch vont dans ce sens. A ce titre, leurs livres sont plus des prises de position dans l’espace public et une affirmation identitaire que de la littérature.

Rares, mais d’autant plus précieux, sont les auteurs qui mettent en place une véritable écriture littéraire. Tout en traduisant également leurs souvenirs et expériences, ils renoncent néanmoins aux clichés et à l’énumération de quelques mots-phares " made in GDR ". On pourrait mentionner le roman Junge Talente d’André Kubiczek, décrivant l’arrivée d’un jeune provincial dans les milieux artistiques alternatifs berlinois. Ce roman, paru en 2002, était selon l’auteur déjà terminé en 1997 — sauf qu’aucun éditeur ne s’y intéressait (32). On pourrait mentionner les récits de Gregor Sander, aux points de vue narratifs multiples. Dans Ich aber bin hier geboren (2002) (33), Sander réussit à dépasser aussi bien le point de vue strictement générationnel que la perspective uniquement est-allemande. La fiction et la capacité de raconter autre chose que soi-même sont ici de retour et sortent la " jeune " littérature de son nombrilisme. Dans la même perspective, nous nous intéressons à présent aux récits de Julia Schoch dans lesquels la RDA est présente, pourrait-on dire, à dose homéopathique, ce qui fait toute la force de ses textes.

 

La multitude des points de vue — Julia Schoch : Der Körper des Salamanders

Parmi les neuf récits que rassemble le premier recueil de Julia Schoch, née en 1974, seulement deux se situent à l’époque de la RDA. Les autres textes ont pour toile de fond des expériences générées après la chute du Mur, dans la période de transition et de transformation qu’ont traversée les pays de l’Est. Dans chaque récit, des références historiques apparaissent, mais elles y sont tissées de façon discrète, ce qui les éloigne de prime abord d’un quelconque témoignage autobiographique. Les récits de Julia Schoch réclament leur inscription dans la fiction, l’auteur mêle le surréalisme d’images oniriques à une dimension fantastique et mythologique. Que se soit sur la Havel ou dans le delta du Danube, les eaux se transforment facilement en Styx ou Achéron et les canots et barques sont guidés par des Charons modernes.

Si le premier récit du recueil, " Le corps de la salamandre ", plonge le lecteur dans le milieu du sport de haut niveau en RDA auquel la narratrice, figure marginale dont la véritable vocation est l’écriture, tente de résister, un autre texte met en scène la rencontre entre une jeune fille et un soldat sur le point de déserter qui porte en lui les idées de Sartre et de Beauvoir. Un jeune couple installé pour ses études dans la Roumanie de l’après-89 est à la recherche de la " formule du monde ". Un ex-officier des garde-frontières de la RDA passe un coup de fil à sa fille, ce qui vaut, elle le sait, pour l’annonce de son suicide. Une représentante de l’UE visite une ancienne coopérative de pisciculture en Roumanie et fait un exposé sur " Le chemin cahoteux vers l’Europe ". Elle passe non seulement son temps à sillonner le delta du Danube à la recherche de pélicans, mais aussi à désillusionner l’ancien directeur de la coopérative des promesses de la liberté : " Mais la liberté n’est qu’une chance, dit-je enfin, et non pas encore une garantie pour la réussite. On peut également rater sa vie — par liberté. " (34) Le dernier récit du recueil, " Cinéma Aurora ", une métaphore particulièrement désillusionnée sur les conséquences de la réunification, met en scène le déclin d’un vieux cinéma art et essai racheté par un Allemand de l’Ouest qui ne programme plus que des films commerciaux. Le seul acte de résistance qui reste à Kaatsch, le projectionniste, c’est d’inverser les bobines lors des séances. A lui de s’exclamer que " […] autrefois, le cinéma avait encore un lien avec la vie de nous tous ", alors qu’aujourd’hui, il ne voyait plus le rapport entre les " aventures d’un chien tacheté " avec sa propre vie. (35)

Les récits de Julia Schoch varient les points de vue narratifs entre la première et la troisième personne et se refusent ainsi à une lecture strictement autobiographique. Dans certains textes, un " pacte autobiographique " peut néanmoins être conclu lorsque des allusions au prénom de l’auteur peuvent laisser supposer l’identité avec la narratrice. Ainsi, la conseillère de l’UE visitant le delta du Danube est appelée " Madame Juliana " et le prénom de la jeune fille qui fait la rencontre avec le soldat existentialiste est révélé par ellipse : " Il souriait, lorsqu’il l’entendait. "C’était le rossignol, non l’alouette", dit-il […]. La jeune fille riait, bien qu’elle n’ait pas compris. Poète anglais, dit le soldat. " (36) L’ellipse, l’implicite ou l’allusion permettent aussi à l’auteur d’évoquer le contexte de la RDA sans insister sur des mots-phares et des emblèmes devenus entre temps des clichés. Ainsi, dans son premier récit, uniquement quelques signes épars permettent peu à peu de situer l’univers du sport de haut niveau en RDA : l’existence d’un " responsable pour l’instruction politique " ou encore le fait que la narratrice ne soit " pas apte pour les compétitions à l’étranger puisqu’on n’y faisait qu’attendre les erreurs provenant de nos rangs " (37). Autre exemple : l’esthétique du réalisme socialiste est évoquée par la description d’un relief mural dans la cantine de l’internat où " […] les sportifs sautaient, lançaient, tiraient, couraient, sautillaient et nageaient avec des gestes effrénés " (38). Dans le récit " Himmelfahrt " (" Ascension "), la narratrice, une fois prévenue par son père de son suicide imminent, se rend à l’appartement de celui-ci et ce n’est que par la description de ce lieu, par le retour aussi sur des photos de famille et les souvenirs qu’elles génèrent, qu’on apprend progressivement que le père était un militaire, et même un haut fonctionnaire en RDA, ce qui se révèle uniquement par la description de son uniforme à la fin du récit. C’est ainsi que la première phrase prend sens : " Ainsi, au moins, les situations gênantes ont été épargnées au père. Et à moi aussi. Que j’aurais dû supporter de le voir de nouveau rapidement s’arranger avec tout. […] " (39). Dans ce récit, la froideur soutenue par le recours à la description est tout le contraire des passages quelques peu larmoyants que Jana Hensel a pu consacrer à la génération de ses parents qui a globalement échouée après la chute du Mur. Contrairement à ce que semble affirmer Hilbig, la fiction et les moyens littéraires permettent de rendre de façon plus forte et intense le passé qu’un récit voulu " authentique ".

Selon Ingo Arendt, " [l]es ruines d’une transformation ratée surgissent partout dans les récits de Julia Schoch " (40). Une métaphore pour cet échec se trouve encore dans son dernier roman, Verabredungen mit Mattok (2004) où une marée noire sur la Baltique donne le cadre à la rencontre de deux personnages errants qui dénouent peu à peu leurs liens avec la société et pour qui le passage de la frontière à l’Est devient un synonyme de libération et d’espoir. Face aux promesses visiblement non tenues du début des années 1990, Julia Schoch affirme avoir développé " une méfiance extrême vis-à-vis des deux systèmes " (41). Si aucune nostalgie du passé s’est emparée de l’auteur, l’Est incarne néanmoins pour elle la possibilité de penser des contre-modèles à la société actuelle, à condition de les formuler avec les moyens de l’art et de la littérature : " […] L’Est, entre temps et pour moi, est un principe, non pas un État. Un point cardinal où les idées comptent plus que les choses. Où je puise, avec la somme de mes expériences (imaginaires), des questions et des problèmes que je discute pour le présent. Avec eux, je veux toujours maintenir présent le savoir vital [...] de contre-modèles individuels ou sociaux. Du moins actuellement, c’est la tâche de l’art, et non pas de la politique ou de la science. […] Ainsi, l’authenticité est encore possible, en tant que mise en scène, en tant que vouloir. La littérature, c’est le produit de ce vouloir, non pas en tant qu’histoire banale inventée qui détourne de la réalité, mais lorsqu’elle dit quelque chose d’hypothétique sur ce présent, qu’elle met à nu son noyau face à tout ce qui se réduit à l’esprit du temps, contre ce qui va de soi dans la société dans laquelle nous devons vivre. […] " (42).

 

Un phénomène éditorial, socio-culturel et littéraire 

Si Julia Schoch a fait un plaidoyer pour l’appropriation du passé en vue du présent par les moyens de l’art, elle est également consciente du caractère prématuré de son entreprise. Trop tôt dans sa vie, l’enfance devient un objet de remémoration : " Beaucoup trop tôt j’ai dû me souvenir de mon enfance, comme si cinq États étaient entre nous, et non pas un seul, comme si je pouvais me permettre de rêver d’une enfance que j’avais tout juste quittée. " (43) On peut effectivement s’interroger sur la signification de cette vogue de récits d’enfance ou de " mémoires " anticipées qui apparaît comme un phénomène inhabituel. D’abord, ces textes sont le résultat et la traduction d’une expérience très forte, qui est celle de la rupture et d’une expérience de perte. Interrogée sur la différence avec la même génération à l’Ouest, Julia Schoch répond que " ce n’est pas la RDA qui manque aux Allemands de l’Ouest. C’est l’expérience d’une rupture absolue — et la chute du Mur était une telle rupture. C’est l’expérience fondamentale que ce qui est ne va pas de soi. " (44) Dans le même sens, pour Jakob Hein, le " lieu nostalgique " n’est pas la RDA, mais l’enfance (45). L’expérience de rupture totale et le sentiment de la perte de l’enfance sont des raisons suffisantes pour générer des textes qui, de leur côté, permettent aux auteurs d’assumer ces expériences. Leur récupération commerciale est autre chose. Le marché éditorial qui crée des " générations " d’auteurs pour induire des comportements d’émulation a bien sûr joué un rôle important pour promouvoir cette littérature et inciter des auteurs à écrire sur leur passé. Pour certains livres, les titres sont parlants et traduisent le souci de capter tout de suite le lecteur par des stéréotypes culturels : Zonenkinder (Jana Hensel), Meine Freie Deutsche Jugend (Claudia Rusch) et plus récemment Blühende Landschaften (Peter Richter) (46). Notamment dans le cas de Claudia Rusch, malgré l’ironie implicite, le titre semble en complet décalage avec le contenu. De plus, la quatrième de couverture recourt ici volontiers à l’euphémisme lorsqu’elle annonce que l’auteur parle " d’une enfance presque normale en RDA, qui était heureuse même si elle ne fut pas tout à fait exempte d’expériences amères ", pour finalement conclure que " ce qui reste sont principalement des beaux souvenirs d’une enfance presque normale ". L’effet marketing des paratextes est en contradiction avec le texte même où Rusch n’hésite à aucun moment à dénoncer le caractère répressif de la RDA. Les souvenirs agréables et " ostalgiques " se prêtent actuellement mieux à la commercialisation.

Indépendamment du marché qu’ils alimentent, ces livres correspondent également à une affirmation identitaire qui a remplacé la phase d’adaptation et d’assimilation d’après la chute du Mur. Le savoir et les expériences privilégiés de cette jeune génération peuvent lui servir de stratégies de distinction face aux Allemands de l’Ouest. La reconstruction méticuleuse de certains éléments de leur quotidien en RDA est l’expression de ce savoir particulier. Souvent cela mène à la construction d’une image relativement homogène des pratiques socioculturelles en RDA. Les images et symboles culturels se transforment en stéréotypes utilisables et réutilisables comme dans un jeu de construction. Si la réapparition permanente des mêmes images ne joue pas en faveur de la qualité littéraire des textes, ce jeu avec les stéréotypes peut en revanche se comprendre dans sa fonction sociale comme une défense identitaire d’un groupe ou d’une communauté " contre toute menace d’assimilation et donc de disparition par la réaffirmation de leurs stéréotypes d’origine ", comme le formulent Ruth Amossy et Anne Herschberg Pierrot (47). En ce sens, la plupart de ces textes renseignent plus sur la situation actuelle de cette jeune génération dans l’Allemagne unifiée qu’ils ne donnent une image concluante de la RDA. De même, leur survie littéraire est probablement réduite. Des d’auteurs comme Julia Schoch, Gregor Sander et quelques autres, mettant en place des écritures propres, font exception. Pour eux, qu’ils soient nés en 1968 ou 1974, la transposition littéraire de leurs expériences compte plus que le simple récit factuel et la réflexion sur ce que la RDA leur a donné en héritage est plus importante que la reconstitution de leurs cadre et mode de vie.


Notes

1 " Aber nun kam ich zurück und musste feststellen, dass Romantik sich nicht einstellen wollte, obwohl ich sie doch inszeniert hatte. " (" Der Exot "). Cf. Julia SCHOCH, Der Körper des Salamanders (2001), Piper, Munich/Zurich, 2002, p. 107.
2 " Sie mit dem Bruch im Leben, Sie werden ja wohl keine Probleme damit haben. " Ibid.
3 " In Kinderträumen hatte ich mich ja schon gesehen als Zurückkommende, hatte mir vorgestellt, wie ich stumm stehen und daran denken würde, dass ich mich einst als Zurückkommende gesehen hatte, als wäre ich unschuldig gewesen und hätte nicht alles schon mit den ersten erlernten Buchstaben in ein dunkelgrünes Heft geschrieben. Als hätte ich nicht nach einem Programm gelebt, das mit ebendiesem dunkelgrünen Heft beschlossen worden war. [...] " Ibid., p. 107 sq.
4 Laure HIMY-PIERI, " Histoire d’enfances, histoire de l’enfance ", in Le récit d’enfance et ses modèles, Colloque de Cerisy-la-Salle (27 septembre – 1er octobre 2001), Actes publiés sous la direction de Anne Chevalier et Carole Dornier, Presses universitaires de Caen, 2003, pp. 105-116. Ici p. 105.
5 Cf. Erika DEISS, " DDädderähh ? Non merci ! Claudia Ruschs „Freie Deutsche Jugend“ war nicht frei ", in Frankfurter Rundschau, 30 juillet 2003.
6 Cf. Martina KELLER, " "Das ganze Leben ist eine Erfindung" ", in Die Zeit, 18 mars 2004. Voir aussi Harald WELZER, Das kommunikative Gedächtnis. Eine Theorie der Erinnerung, München, C.H. Beck, 2002.
7 Voir la présentation du colloque pOst-West. Polyphone Wirklichkeiten in Deutschland organisé à l’Université Lüneburg (12.-14.02.2004). Cf. http://www.uni-lueneburg.de/fb3/postwest/pro/htm.
8 Cf. le compte rendu du roman par Michael TRIEBEL sur http:// www. jungeforschung.de/debut/rezensionen/ triebel.htm
9 Voir la description des élections en RDA par Jakob HEIN, Mein erstes T-Shirt, Piper, Munich/Zurich, 2001 (pp. 56-60) et Falko HENNIG, Alles nur geklaut (1999), btb-Verlag/Goldmann-Verlag, Munich, 2001 (pp. 123-125).
10 En allemand respectivement " Ein Colt für alle Fälle ", " Hart aber Herzlich ", " Captain Future ".
11 Cf. Jörg MAGENAU, " Das Beste aus dem literarischen Untergrund ", in Das Parlament, n°1-2/2003, p. 13.
12 Ibid.
13 " Scheiß Nazis, Scheiß Hitler. Erst bauen sie die Autobahn, und dann machen sie 40 Jahre lang nichts dran. " Falko HENNIG, Alles nur geklaut, op. cit., p. 21.
14 Jana HENSEL, Zonenkinder, Rowohlt, Reinbek bei Hamburg, 2002, p. 112.
15 Falko HENNIG, Alles nur geklaut, op. cit., p. 143.
16 Jakob HEIN, Mein erstes T-Shirt, op. cit., p. 45.
17 Falko HENNIG, Alles nur geklaut, op. cit., p. 122.
18 Claudia RUSCH, Meine Freie Deutsche Jugend, S. Fischer, Francfort s/Main, 2003, p. 16.
19 Ibid., p. 35.
20 Ibid.
21 " [...] brachte ich viele Altstoffe weg, das waren Gläser, Flaschen und Papier. […] " Falko HENNIG, Alles nur geklaut, op. cit., p. 34.
22 Claudia RUSCH, Meine FreieDeutsche Jugend, op. cit., p. 38.
23 Ibid., p. 86. " Intershop " était le nom des magasins installés en RDA où l’on pouvait acheter des produits occidentaux avec des devises de l’Ouest.
24 Ibid., p. 88.
25 Ibid., p. 101.
26 Jana HENSEL, Zonenkinder, op. cit., p. 166.
27 Claudia RUSCH, Meine Freie Deutsche Jugend, op. cit., p. 75.
28 Wolfgang HILBIG, " Claudia Ruschs "Meine Freie Deutsche Jugend" ", in ibid., p. 154 sq.
29 Ibid., p. 156.
30 Cf. Carola HÄHNEL-MESNARD, L’hétérotopie à l’œuvre. La littérature autoéditée de la RDA dans les années 1980 (Cadres – discours – poétiques), Thèse de doctorat, Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, 2003, pp. 300-302.
31 Cf. Peter RICHTER, Blühende Landschaften. Eine Heimatkunde, Goldmann Verlag, Munich, 2004.
32 Cf. Susanne LEINEMANN/Antje SCHMELCHER, " Generation Trabant. Angekommen im neuen Deutschland? "Zonenkinder" im Gespräch ", in Die Welt, 9 novembre 2002.
33 Gregor SANDER, Ich aber bin hier geboren, Rowohlt, Reinbek bei Hamburg, 2002.
34 " "Aber Freiheit ist nur eine Chance", sagte ich schließlich, "und noch keine Garantie für das Gelingen. Das Leben kann auch misslingen – aus Freiheit". " Julia SCHOCH, Der Körper des Salamanders, op. cit., p. 63.
35 " "Früher [...] hatte Kino noch Bezug zu unser aller Leben !" Aber was hätten heute die Abenteuer eines gepunkteten Hundes mit seinem, Kaatschens, Leben zu tun? " Ibid., p. 160.
36 " Er lächelte, als er ihn hörte. "Es war die Nachtigall, und nicht die Lerche", sagte er [...]. Das Mädchen lachte, obwohl es nicht verstanden hatte. "Englischer Dichter", sagte der Soldat. " Ibid., p. 96.
37 Ibid., p. 19.
38 Ibid., p. 16
39 " So sind die Peinlichkeiten dem Vater wenigstens erspart geblieben. Und mir auch. Daß ich hätte mitansehen müssen, wie er schnell wieder mit allem zurechtgekommen wäre. [...] " Ibid., p. 44.
40 Cf. Ingo ARENDT, " Riss. Eleganz und Härte ", in Freitag, 22 novembre 2002.
41 Cf. S. LEINEMANN/A. SCHMELCHER, " Generation Trabant… ", op. cit.
42 " [...] Der Osten, inzwischen und für mich, ist ein Prinzip, kein Staat. Eine Himmelsrichtung, in der Ideen schwerer wiegen als Dinge. Aus der ich mit meinem (imaginären) Erfahrungsschatz Fragen und Probleme ziehe, die ich für die Gegenwart diskutiere. Mit ihnen will ich das vitale Wissen [...] von individuellen oder gesellschaftlichen Gegenmodellen immer wieder bewußt halten. Dies ist, zumindest derzeit, eine Aufgabe der Kunst, nicht der Politik oder Wissenschaft. [...] Authentizität ist so noch möglich, als Inszenierung, als ein Wollen. Literatur ist dieses Gewollte, nicht als harmlose ausgedachte Geschichte, die von der Wirklichkeit ablenkt, sondern Hypothetisches über diese Gegenwart sagt, ihren Kern entblößt gegenüber dem nur Zeitgeistigen, gegen die Selbstverständnisse der Gesellschaft, in der wir leben müssen. [...] " Voir l’intervention de Julia SCHOCH au colloque pOst-West. Cf. http://www.uni-lueneburg.de/fb3/postwest/pr_postwest7.htm
43 " Viel zu früh war es, dass ich mich an meine Kindheit erinnern musste, als lägen fünf Staaten und nicht nur einer zwischen uns, als könnte ich es mir leisten, von einer Kindheit zu träumen, der ich doch gerade erst entkommen war. " Julia SCHOCH, Der Körper des Salamanders, op. cit., p. 110.
44 Cf. S. LEINEMANN/A. SCHMELCHER, " Generation Trabant… ", op. cit.
45 Ibid.
46 " Enfants de la zone " : " Zone " était le terme dépréciatif utilisé par les Allemands de l’Ouest pour désigner la RDA. " Ma Jeunesse Libre Allemande " fait allusion à la " FDJ ", organisation de base où étaient fédérés tous les jeunes en RDA à partir de 14 ans. " Paysages fleurissants " fait écho aux promesses électorales de Helmut Kohl après la chute du Mur.
47 Cf. Ruth AMOSSY/Anne HERSCHBERG PIERROT, Stéréotypes et clichés. Langue, discours, société, Nathan, Paris, 1997, p. 43.