Hommage à Joseph ROVAN
(1918-2004)

Joseph Rovan est mort dans cette Auvergne qui était devenue sa terre d’élection, deux jours après son 86ème anniversaire. Il était né Rosenthal à Munich, le 25 juillet 1918, de parents d’origine juive, convertis au protestantisme. Il devait un jour se convertir lui-même au catholicisme, religion au sein de laquelle il a finalement trouvé son véritable refuge spirituel. En 1934, il fuit le IIIème Reich ; en 1939,il prend le nom de plume de Rovan, puis à Lyon, dans la Résistance, le nom de guerre de Louis Rivier. Il est alors proche des " Amitiés chrétiennes ". Arrêté par la Gestapo en février 1944, il est envoyé au camp de concentration de Dachau où il se lie d’amitié avec Edmont Michelet et Walter Dirks. Libéré en avril 1945, il refuse tout esprit de vengeance et de revanche, il est persuadé que l’Europe ne peut survivre que si elle accepte que l’Allemagne retrouve sa place en son sein: tel est le sens du message qu’il adresse, à l’automne 1945, dans un article de la revue Esprit qui fonde sa réputation de médiateur entre la France et l’Allemagne : " L’Allemagne de nos mérites ". L’Allemagne sera aussi ce que les vainqueurs sauront en faire, il en déduit pour la France l’obligation de dépasser l’esprit de l’occupation pour œuvrer à la création d’une Allemagne démocratique. Il œuvre lui-même dans ce sens au Bureau de l’Education populaire de Baden-Baden alors qu’il travaille à Paris à " Peuple et culture ". Médiateur, il est une tête pensante aussi bien qu’active de la relation franco-allemande. Universitaire, il devient Professeur à l’Université de Paris 8 ; publiciste, il publie de nombreux livres et articles sur l’Allemagne dans le meilleur esprit de vulgarisation scientifique ; homme de la réconciliation franco-allemande, il n’a de cesse de mettre celle-ci au service de l’Europe, la grande cause à laquelle il se consacre à la tête du Bureau de liaison et de documentation (BILD) et de la revue " Documents ". Médiateur engagé, il a la rage de convaincre, cela a donné à l’occasion à son engagement un caractère exclusif qui a, sans nécessité, attisé les rivalités et les passions. Il reste un grand nom du franco-allemand, français qu’il était devenu sans jamais oublier qu’il avait été allemand.

- J. Vaillant -