La France et l’Allemagne face à l’ouverture de l’Union européenne.
La portée du " Triangle de Weimar "

Ce dossier rassemble une série de contributions qui ont été présentées en deux lieux différents, à deux dates différentes et avec des préoccupations différentes, mais avec une thématique voisine qui justifie que nous les rassemblions ici dans un même numéro : l’avenir du partenariat franco-allemand dans une Europe dont les frontières restent à définir, avec à la clé la question de savoir si le trilatéralisme selon le " Triangle de Weimar " 1 peut être une alternative au bilatéralisme franco-allemand. Le 15 octobre 2004, le Centre de recherches Frontières et échanges : sociétés et cultures des pays de l’Europe septentrionale et orientale (FRESC – Université de Lille 3) et le Centre d’études politiques sur l’Europe du Nord de l’Institut d’études politiques de Lille ont convié jeunes chercheurs et spécialistes de la Pologne et de l’Allemagne à une journée d’études sur le " Triangle de Weimar " . La journée a été inaugurée par le Consul général de Pologne à Lille, W. Krystina Kalinska, qui tenait ainsi à témoigner de l’intérêt persistant de son pays pour cette forme inédite de relation trilatérale.

Mais l’essentiel des contributions proviennent d’une autre journée d’études, réalisée sous la direction de Stephan Martens à l’Institut Goethe de Bordeaux, le 9 novembre 2004, quinze ans, jour pour jour, après la chute du Mur de Berlin. Il s’agissait de vérifier comment la France et l’Allemagne réagissaient à l’élargissement à l’Est de l’Union européenne et surtout de mesurer à quels problèmes celle-ci confrontait l’Union européenne elle-même. Le " Triangle de Weimar " avait tout naturellement sa place dans ce contexte d’autant que la Pologne en ferait volontiers un levier pour faciliter l’entrée dans l’Union européenne de l’Ukraine, son voisin dont elle est, depuis le 1er mai 2004, séparée par la frontière extérieure de l’UE. Aussi bien S. Martens se demandait-il si un excès d’élargissement ne portait pas en soi le germe de la fin de l’Europe. Quelles sont les frontières de l’Europe et comment assurer que celle-ci poursuivre son intégration : grâce à un noyau dur de quelques pays refondateurs, décidés à aller de l’avant sur la voie de l’intégration ou par la démultiplication d‘initiatives de pays différents dans des domaines spécifiques de " coopérations renforcées " ? Cette interrogation a sous-tendu toutes les interventions et tous les débats qui ont été menés à Bordeaux, quinze ans après la chute du Mur de Berlin qui obligeait les Etats-Unis, la Russie et l’Europe à penser à de nouveaux modèles d’organisation de l’Europe et du monde.

Stephan MARTENS Jérôme VAILLANT


1 " Un modèle de relation trilatérale : Le triangle de Weimar. France – Allemagne – Pologne ", journée dirigée par M. Hastings, directeur du CEPEN, et J. Vaillant, directeur du FRESC, dans les locaux de l’IEP de Lille. Participaient également à la journée R. Herrmann (OFAJ), Christophe Uliasz, Direction Europe du Conseil régional du Nord – Pas de Calais, W. Woyke (Université de Münster), R. Soltyk (Gazeta Wyborcza, Bruxelles).