Jérôme VAILLANT*
Une grande coalition, pour faire quoi?
Trente-six ans après la première (1966-69), lAllemagne va donc être, pendant quelque temps, gouvernée par une grande coalition qui associe au pouvoir les deux principales formations politiques du pays, chrétiens- et sociaux-démocrates. Et elle a, pour la première fois de son histoire, une chancelière, Angela Merkel. Le fait mérite dêtre souligné, sans emphase toutefois, tant il est vrai que celle-ci est assise sur un siège très inconfortable. Lors de la conclusion de leur contrat de gouvernement pour quatre ans, les responsables des trois partis CDU, CSU et SPD ont assuré lopinion publique quaprès avoir exclu, une campagne électorale durant, quils puissent jamais gouverner ensemble, ils avaient, en lespace de quelques semaines de négociation, suffisamment appris à se connaître et à sapprécier pour pouvoir enterrer la hache de guerre et gouverner ensemble. En fait, les électeurs ne leur ont pas laissé dautre choix à lissue du scrutin du 18 septembre 2005, provoqué de façon intempestive par un chancelier qui pensait pouvoir, au lendemain de la cuisante défaite de son parti, lors des élections régionale de Rhénanie-du-Nord Westphalie, réparer son handicap par une opération politique pour le moins aventureuse. Avant dévaluer dans ses grandes lignes la portée de laccord de gouvernement passé entre CDU/CSU et SPD, den apprécier les points forts, mais aussi les faiblesses, il convient de revenir dans un premier temps au scrutin du18 septembre pour comprendre ce qui sest passé, le temps dun été, celui de 2005 qui semblait annoncer une victoire triomphale dune CDU/CSU habilement menée par une femme qui cherchait à ne pas paraître une maîtresse-femme, mais avait lambition de réussir, et qui sest achevée dans la plus grande confusion pour le parti dA. Merkel comme pour celui du chancelier Schröder, même si celui-ci, le soir des élections, contrevenant à tous les bons usages démocratiques, na pas voulu concéder sa défaite.
La portée des élections en Rhénanie-du-Nord Westphalie
Au printemps 2005, le SPD avait essuyé en Rhénanie-du-Nord Westphalie une cuisante défaite, perdant 5,7 points par rapport aux élections de 2000 alors que la CDU en gagnait 7,8 et pouvait, avec le FDP, former le gouvernement. La défaite des sociaux-démocrates avait une portée dautant plus considérable que le SPD y était au pouvoir - seul, avec lappoint du FDP ou plus récemment des Verts depuis près de quarante ans et que le passage dune coalition CDU/FDP à une coalition SPD/FDP en décembre 1966, sous légide de H. Kühn, avait annoncé larrivée au pouvoir à Bonn, à lautomne 1969, de la coalition sociale-libérale dirigée par Willy Brandt. Depuis toujours, les élections en Rhénanie-du-Nord Westphalie ont, plus que tout autre scrutin régional, valeur de test national, parce quil sagit du Land le plus peuplé dAllemagne : depuis 2000, il compte un peu plus de 18 millions dhabitants, dont près de 2 millions détrangers, soit un électorat de plus de 13 millions de personnes, un peu plus du cinquième de lensemble de lélectorat allemand. Cétait un véritable bastion social-démocrate dans un Land de vieille industrie comprenant la Ruhr -, où était né jadis le mouvement ouvrier allemand. Dirigé, depuis 1995, par un gouvernement SPD/Verts, la perte du pouvoir au profit dune coalition CDU/FDP fragilisait la coalition au pouvoir à Berlin parce que, comme quarante ans auparavant, elle semblait annoncer, au niveau fédéral, une modification du rapport de forces au profit, cette fois, dune coalition CDU/CSU-FDP qui renforçait, en même temps, sa force dopposition au sein du Bundesrat (cf. la note de J.-J. Alcandre dans ce même numéro).
Tableau 1
Elections régionales du 22 mai 2005 en Rhénanie-du-Nord Westphalie
Pour ce qui était des raisons de léchec du SPD, mais aussi cette fois des Verts, qui perdaient en Rhénanie-du-Nord Westphalie près dun point alors que, lors des précédents scrutins régionaux, ils avaient plutôt réussi à ne pas être entraîné dans la tourmente qui emportait le SPD (cf. tableau 2), nul ne doutait que les responsables fussent davantage à chercher à Berlin quà Düsseldorf : le chancelier Schröder navait pas réussi à résorber le chômage et ses réformes, présentées sous le terme générique dAgenda 2010, étaient jugées trop dures pour les salariés et donc socialement inéquitables. Tout en restant le parti rassemblant le plus de suffrages parmi les ouvriers, les chômeurs et les syndiqués, le SPD perdait 11 points de pourcentage auprès de ces catégories sociales alors que la CDU améliorait son score de 9 points auprès des ouvriers et des chômeurs et de 7 points auprès des syndiqués. Léchec combiné du SPD et des Verts en Rhénanie-du-Nord Westphalie était ainsi perçu comme léchec du gouvernement fédéral à Berlin 1. Dautant quavec leur sortie du gouvernement de Düsseldorf, les Verts nétaient plus au pouvoir dans aucun Länder. Pourtant, les chrétiens-démocrates devaient également, pour une partie, leur succès à la lassitude des électeurs face à un parti social-démocrate usé par quarante années ininterrompues dexercice du pouvoir. Un de ses slogans les plus lapidaires ne manqua pas de faire son effet : " Quarante ans, ça suffit ! ". A noter également lémergence certes encore timide dune Initiative de citoyens pour léquité sociale (WASG Wahlalternative für soziale Gerechigkeit) se posant comme alternative de gauche à la politique néo-libérale de la coalition SPD/Verts. Avec près de 200.000 voix, le succès était certes limité, mais cela faisait 2,2% des voix, plus quaucun autre parti protestataire de gauche (PDS) ou dextrême droite (NPD, Republikaner) nobtenait alors.
Les élections régionales de 2003 et 2004
Les résultats de Rhénanie-du-Nord Westphalie étaient dautant plus alarmants quils sinscrivaient dans une longue série déchecs successifs pour le parti du chancelier. Rappelons ici que la coalition SPD/Verts ne lavait emporté aux élections fédérales de 2002 que dune très courte longueur. Le SPD avait alors réuni 18.488.668 suffrages, contre 18.482.641 à la CDU/CSU, soit seulement 6.027 de plus ! 2 Toute personne qui a, à lépoque, suivi la soirée électorale se rappelle comment le candidat chrétien-démocrate, E. Stoiber (CSU) sétait, au vu des premières fourchettes, déclaré vainqueur avant de devoir concéder la victoire à un chancelier Schröder, pourtant très fragilisé. Il devait son rétablissement de dernière minute, cette courte victoire à essentiellement deux facteurs : sa position sur la guerre en Irak et sa présence infatigable sur le front des inondations lors de la crue exceptionnelle de lOder, en Allemagne de lEst, à lété 2002. Malgré la fragilité de sa victoire, le gouvernement Schröder, qui au cours de la précédente législature, navait pas davantage que son prédécesseur H. Kohl réussi à réduire de façon durable et significative le chômage, sétait alors engagé dans une politique de réformes qui avait pour objectif de sauver lEtat social au besoin contre lavis de ses bénéficiaires. Les réformes proposées par P. Hartz navaient pas fait lobjet pendant la campagne électorale dune longue concertation ni dune élaboration chiffrée digne de ce nom, cest un peu à laventure que le chancelier sengagea donc sur la voie de réformes dont lui et ses ministres ainsi que ses conseillers navaient pas, au préalable, évaluer les conséquences financières, économiques et sociales. Ainsi, aujourdhui, la réforme dite Hartz 4, particulièrement décriée, coûterait à lEtat 12 milliards deuros de plus que prévu parce que le nombre des bénéficiaires aurait été sous-estimé! Le chiffre laisse rêveur ! Quoi quil en soit, les électeurs nont cessé, de septembre 2004 à mai 2005, de sanctionner le SPD pour sa politique de réformes, comme le tableau 2 le montre on ne peut plus clairement.
Lors daucune élection régionale, le SPD naméliore ses précédents résultats. Là où il semble à peu près égaler son score passé, en ne perdant que 0,3 point, comme à Brême, ou 0,9 point comme en Saxe, cest dans des configurations très particulières. A Brême, le SPD est depuis 1995 à la tête dune grande coalition dont la CDU est le partenaire junior auquel la coalition ne profite pas (-7,3 points en 2003), mais surtout Brême est une petite ville-Etat de 600.000 habitants dont les fluctuations politiques et les enjeux rappellent davantage ceux dune grande municipalité que ceux dun Land à part entière. Quant à la perte limitée à 0,9 point en Saxe, il ne vaut guère la peine de sy arrêter puisque le score du SPD tourne autour de 10%, laminé que le SPD est depuis quinze ans par une CDU qui régnait jusqualors en Saxe sans partage, grâce à son " prince non couronné " importé de lOuest, Kurt Biedenkopf. Celui-ci ne sut ou ne put pas régler sa succession, il nen résulta certes pas une guerre, mais un conflit entre personnes qui coûta, en 2003, sa majorité absolue à la CDU (-15,8 points). Dans cette situation, le SPD servit aux chrétiens-démocrates dappoint dans une sorte dunion républicaine alors que le NPD faisait une entrée fracassante au Landtag de Dresde, avec 12 députés pour 9,2% des suffrages, soit un peu plus de 190.000 voix. Une entrée qui est restée jusquà présent sans grand lendemain, le groupe parlementaire national-démocrate à Dresde se révélant incapable de quelque initiative parlementaire que ce soit et nétant bon, à loccasion, quà alarmer lopinion publique internationale par des provocations ciblées.
Tableau 2
Résultats des partis (en %) et pertes et gains (en points de %)
lors des élections régionales de 2003 et 2004
(par rapport aux élections régionales précédentes de1998, 1999 et 2001)
Les pertes du SPD sont, en dehors de ces cas particuliers, on bien très élevées, comme cest le cas en Basse-Saxe, la patrie du chancelier, en Hesse, en Bavière et en Sarre (autour de 10 points et plus), tous Länder de lAllemagne occidentale, ou bien elles sont plus contenues, variant entre 4 et 8 points en Thuringe et dans le Brandebourg, Land où il est au gouvernement, à la tête dune grande coalition. A ces fortes pertes ne correspondent pas obligatoirement des gains de même niveau pour les chrétiens-démocrates dont les résultats sont, sur toute la période, particulièrement fluctuants, allant de -15,8 points en Saxe à +21 points à Hambourg, dans une autre ville-Etat au statut donc particulier. Ce qui frappe, cest plutôt la constance avec laquelle les Verts, pourtant embarqués dans la même galère que les sociaux-démocrates à Berlin, réussissent à tirer leur épingle du jeu, ils nenregistrent aucune baisse, leurs gains, mise à part la Basse-Saxe, varient entre 2 et 4 points. Cest à nen pas douter à mettre au compte de la stabilisation de leur électorat dans lensemble du pays, mais aussi à la bonne image de marque de leur leader, Joschka Fischer, qui, en tant que ministre des Affaires étrangères, ne cesse alors de caracoler en tête des cotes de popularité. Mais précisément, cette image positive est fortement compromise en 2005 par laffaire des visas qui, par souci humanitaire au détriment des critères de sécurité, auraient été trop généreusement accordés par les ambassades allemandes dans les pays dEurope orientale, en particulier en Ukraine. Laffaire lancée par Der Spiegel, reprise complaisamment par les chrétiens-démocrates, conduisit le parlement à convoquer une commission denquête devant laquelle J. Fischer se défendit sans doute brillamment, mais sans toujours convaincre. Il évita le pire, sa cote en pâtit, ce qui sest répercuté dans le résultat électoral des Verts en Rhénanie-du-Nord Westphalie.
La tableau 2 révèle encore la progression constante du PDS dans les nouveaux Länder de lEst et un début de croissance en Sarre, la patrie dOskar Lafontaine. Mais il est un mouvement discret qui échappe au premier regard, quil convient pourtant de rendre sensible, cest la progression du FDP : quantitativement, elle est semblable à celle des Verts, à lexception du cas particulier de Hambourg ; elle évolue entre 2 et 5 points de plus. Mais surtout, le FDP qui, jusquà maintenant, navait jamais percé dans les nouveaux Länder, y progresse de façon constante : +1,4 dans le Brandebourg, +2,5 en Thuringe et +4,8 en Saxe où il fait son entrée au Landtag. Dans lopposition, le FDP réussit à se profiler contre les deux grands partis établis qui, à ses yeux, pratiquent, via la commission de conciliation du Bundestag et du Bundesrat, une politique de compromis dont ne peut sortir aucun grand projet libéral. A étudier les scores électoraux dans les Länder, on constate quon y trouve en germes ce qui va faire le cocktail étonnant des élections fédérales de septembre 2005 : 1. lémergence de groupements politiques à gauche du SPD et la recherche dun ancrage occidental pour le PDS, phénomène qui, sous la pression des événements, conduit, par cristallisation, en quelques semaines à la naissance du parti qui revendique dêtre la seule vraie gauche en Allemagne : Die Linkspartei, issu dune fusion circonstancielle entre PDS et WASG pour dépasser la barre des 5% et obliger, de par sa propre existence, le SPD à infléchir sa politique à gauche.
Les élections régionales révèlent encore que pour lélectorat allemand, les chrétiens-démocrates napparaissaient pas comme lalternative incontournable aux sociaux-démocrates. Ils essuient des déconvenues et des échecs en Saxe, dans le Brandebourg, en Thuringe et à Brême. De nombreux électeurs reportent leurs voix sur les petits partis, orientant ainsi lAllemagne vers un système pluripartite, durablement ouvert à cinq partis politiques. Ce système est assurément adapté aux divers courants de pensée existant dans lAllemagne unifiée, mais il passait jadis, dans la RFA des années 1950 à 80, pour comporter le risque majeur dempêcher la formation de gouvernements stables, de rendre de ce fait lAllemagne plus difficile à gouverner.
Sondages et sondages, démocratie du chancelier et démocratie du compromis
Si les élections régionales des années 2003 à 2005 préfigurent les élections fédérales de 2005, il reste quau moment où sengage la campagne électorale, avant même quelle soit valablement ouverte par la décision du président fédéral et sa confirmation par le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe (voir dans ce même numéro larticle de Françoise Ferlan), les sondages dopinion donnent les chrétiens-démocrates pour largement gagnants, il apparaît impensable que la coalition du chancelier Schröder puisse lemporter. 3 Au vu des résultats, celui-ci en fera une analyse assez étonnante et pour le moins contradictoire. Après sen être pris véhémentement pendant sa campagne électorale aux médias qui auraient orchestré son échec par une exploitation tendancieuse des sondages qui le donnaient perdant, il instrumentalise ces mêmes sondages à son avantage quand, le soir des élections, il se pose en vainqueur et se réclame deux pour dire à un public médusé que, précisément selon les sondages, cest lui que les électeurs jugent être le meilleur chancelier, loin devant son adversaire, A. Merkel. Dordinaire les hommes politiques reconnaissent leur défaite devant les électeurs quand ceux-ci leur en ont infligé une. Pour la première fois, un chancelier sest refusé à lexercice, sans mesurer les conséquences de son acte. Mais il a un exemple récent devant lui, même sil a tourné à la confusion cette fois dune femme politique de talent, qui a cherché par tous les moyens à se maintenir au pouvoir alors que son échec était patent. Il sagit de Heidi Simonis, ministre-présidente du Schleswig-Holstein, de 1993 à 1996, à la tête dun gouvernement social-démocrate homogène et, de 1996 à 2005, à la tête dune coalition SPD-Verts.
Tableau 3
Elections régionales dans le Schleswig-Holstein le 20 février 2005
Les élections du 20 février ne donnent pas la majorité au camp chrétien-libéral (CDU-FDP: 46,8% des voix, 34 sièges) ni à la coalition sortante (SPD-Verts, 45,9% des voix, 33 sièges), mais il y a bien un vainqueur, la CDU qui progresse de 5 points et atteint 40,2% des voix alors que le SPD est le grand perdant (-4,4 points). H. Simonis naccepte pas sa défaite et voit dans le petit parti de la minorité danoise (Süd-Schleswigscher Wählerverband, SSW), traditionnellement plutôt à gauche, la force dappoint nécessaire à la reconduction de son gouvernement. Elle engage des négociations avec le SSW et se présente devant le Landtag de Kiel pour se faire réélire ministre-présidente du Land avec les voix du SPD, des Verts et du SSW. La CDU avait fait valoir que le bon usage démocratique aurait voulu quun parti, dispensé de satisfaire à la clause des 5% eu égard à son statut de minorité, ne fasse pas la décision, un point de vue somme toute défendable amis que H. Simonis refuse de prendre en compte : une majorité est une majorité dès lors quil sagit de rester au pouvoir, basta ! Après trois tours de scrutin, H. Simonis renonce. Un député SPD, dans le secret de lisoloir, lui a refusé sa confiance. En quelques semaines, CDU et SPD trouvent alors une issue à la crise : le Land de Schleswig-Holstein est aujourdhui gouverné par une grande coalition CDU-SPD et a un nouveau ministre-président chrétien-démocrate, Peter Harry Carstensen. Le parallèle entre le Schleswig-Holstein et les élections fédérales simpose.
Le soir du 18 septembre, G. Schröder na pas rendu service à la démocratie en refusant dacter sa défaite pas plus quil na fait progresser lesprit de la démocratie en provoquant à la hussarde des élections anticipées. Cest, en effet, sans grande consultation préalable ni avec la direction de son parti ni avec ses partenaires au gouvernement, les Verts, que G. Schröder a engagé la procédure qui conduit en plusieurs étapes à la tenue délections anticipées (cf. article de F. Ferlan). Il argue du peu de soutien que sa politique de réformes trouve au sein de son propre parti pour convaincre le président fédéral quil na plus de majorité stable et durable alors même que le gouvernement continue de travailler et le Bundestag de légiférer, sans plus de difficultés. Des élections anticipées sont-elles le moyen adéquat pour mettre au pas lopposition de gauche dun parti qui a la responsabilité du gouvernement ? G. Schröder bouscule les institutions et provoque dans un premier temps une revalorisation du rôle du chancelier dans le sens de ce quon appelle en Allemagne " la démocratie du chancelier " 4. La faiblesse de largumentation du président fédéral se calquant sur celle du chancelier pour ne pas donner prise à la critique du Tribunal constitutionnel en cas de recours a pour effet daccorder le droit au chancelier de provoquer la dissolution du parlement quand il le juge opportun. Cela représente un infléchissement de la jurisprudence et de la pratique politique en Allemagne où il revenait jusqualors au Bundestag de trouver en son sein les solutions aux crises. Parce quil est le pivot central du système institutionnel allemand, seule institution quil est à être légitimée directement par le suffrage universel. Cet infléchissement comportait le risque de limiter les prérogatives du Bundestag. A cet égard, il est intéressant de noter que le débat soriente aujourdhui plutôt vers la possibilité daccorder au Bundestag un droit à lauto-dissolution. Dans la mesure, toutefois, où les élections anticipées ont abouti à une impasse dont il nest possible de sortir quen passant par une grande coalition, on peut se demander si celles-ci paraîtront à lavenir une voie aussi aisément praticable que laurait souhaité G. Schröder. Lironie de lhistoire, cest que toute coalition, mais une grande plus particulièrement encore, donne moins au chancelier la possibilité dexercer pleinement sa compétence à déterminer la politique du gouvernement (Richtlinienkompetenz) quelle ne lui impose lart du compromis, contraint et forcé quil est en permanence de devoir arbitrer entre partis aux attentes et aux intérêts différentes. La grande coalition redonne aux partis le droit de décision et confine le chancelier ou la chancelière dans un rôle de " modérateur " qui risque, sinon, de voir bien vite exploser la coalition qui la conduite au pouvoir. Cest le retour à la " démocratie du compromis".
Quelle coalition ? Un choix imposé par les électeurs
Sans doute lavatar du report au 2 octobre des élections dans une circonscription de Dresde où la candidate NPD était décédée pendant la campagne électorale a-t-il provoqué un flottement, dans lattente du résultat définitif des élections fédérales, il na pourtant rien changé au résultat final qui affichait déjà clairement, comme il ressort du tableau 3, une différence entre les deux grands partis dun point et qui plus est entre les coalitions qui voulaient former le gouvernement, selon les déclarations de leurs partis constitutifs, une différence de 2,7 points. Le soir des élections, il était donc acquis que les électeurs navaient pas reconduit la coalition sortante SPD/Verts (42,3% des suffrages) et quils navaient pas non plus donné la majorité absolue au modèle CDU/CSU-FDP (45% des suffrages). Les possibilités qui souvraient aux partis pour sortir de limpasse dans laquelle les mettaient les é
En bonne logique, il ny avait de place que pour une coalition des deux grandes formations politiques que sont la CDU/CSU et le SPD. Sauf quelles avaient totalement exclu den former une pendant la campagne électorale, une campagne qui avait vu les deux partis saffronter vigoureusement en termes de personnes, mais aussi en termes de programmes et didéologies. Restait la question de savoir qui devait diriger une telle coalition. Lusage démocratique et les codes de bonne conduite fournissaient assez de points de repère pour orienter les partis et leurs responsables. En choisissant de ne pas reconnaître sa défaite et celle de son parti, le soir des élections, G. Schröder a engagé un bras de fer qui a peut-être permis au SPD dobtenir davantage de portefeuilles ministériels, mais il a nui à la démocratie et à ses usages, non que, comme dans la plupart des autres pays européens, le droit de former le gouvernement revienne en Allemagne au parti le plus fort. Les choses sont en effet plus compliquées selon la lettre de la Loi fondamentale et les pratiques sur plus de 55 ans : il appartient au président fédéral de proposer au vote du parlement le candidat à la chancellerie qui peut, de façon crédible, faire valoir auprès de lui quil dispose de la majorité qualifiée (la moitié des membres du Bundestag plus 1 voix) pour se faire élire, quelle que soit la composition de cette majorité. Ainsi quand en 1976, H. Kohl, constatant que la CDU/CSU était, avec 48,6% des voix, le parti le plus fort au Bundestag, devant le SPD qui nen avait obtenu que 42,6% , sadressa au président fédéral dalors, Walter Scheel, pour quil le charge de former le gouvernement, celui-ci lui opposa un refus formel. En effet, H. Schmidt avait avec les voix combinés du SPD et du FDP (42,6 + 7,9 = 50,5%) la majorité absolue des voix et des sièges au Bundestag pour être valablement élu. Le président fédéral navait pas dautre possibilité que de le proposer en premier au Bundestag comme candidat à la chancellerie. La voie proposée par H. Kohl revenait à nier la volonté exprimée clairement par les électeurs de reconduire le chancelier H. Schmidt à la tête dune coalition SPD/FDP. Mais que faire quand le vote des électeurs restaient comme après le 18 septembre 2005 flou ?
Tableau 4
Elections fédérales du 18 septembre 2005

En réclamant dêtre la candidate à la chancellerie dune grande coalition parce que son parti était le plus fort, Angela Merkel na pas contrevenu aux usages et pratiques démocratiques en Allemagne, elle a seulement cherché à contrecarrer la prétention de G. Schröder dêtre ce candidat. Elle savait trop bien quelle ne pourrait se présenter aux suffrages des députés du Bundestag quune fois assurée, par la négociation avec le SPD, de la nécessaire majorité qualifiée. Chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates ont dailleurs, après le retrait de G. Schröder, suivi la procédure habituelle, qui comporte trois étapes : la mise au point dun accord de gouvernement, chose acquise le 11 novembre, sa validation par les congrès des trois partis signataires de laccord (CDU, CSU, SPD), très largement acquise le 14 novembre, et enfin lélection de la chancelière le 22 novembre.
La crise à la tête du SPD
Sans doute, tout a semblé remis en question le 31 octobre 2005 quand le SPD a connu une crise grave mais rapidement résorbée, suite à la nomination au poste de secrétaire général dune candidate qui navait pas les faveurs du président du SPD. En votant par 23 voix en faveur dAndrea Nahles contre 14 voix au candidat soutenu par ce dernier, le comité directeur du SPD provoquait alors la démission de F. Müntefering de ses fonctions de président. On ne pouvait imaginer pire catastrophe puisque cétait F. Müntefering qui dirigeait, avec le chancelier Schröder, la délégation sociale-démocrate chargée de négocier laccord de gouvernement avec la délégation chrétienne-démocrate qui, elle, avait à sa tête les présidents des deux partis CDU et CSU, A. Merkel et E. Stoiber. La crise fut effectivement rapidement résorbée, le SPD se donnant un nouveau président en la personne de Matthias Platzeck, ministre-président du Brandebourg, et un vice-président en la personne de Kurt Beck, ministre-président de Rhénanie-Palatinat, F. Müntefering ne remettant pas en cause son appartenance au gouvernement de grande-coalition an tant que vice-chancelier et ministre des Affaires sociales. Lalerte avait été dautant plus dramatique que le retrait de F. Müntefering avait conduit E. Stoiber à renoncer à prendre le portefeuille de lEconomie. Mécontent de ne pas avoir obtenu de la future chancelière un super-ministère disposant de compétences élargies à lEurope et aux nouvelles technologies, E. Stoiber semblait ne plus miser sur laboutissement et la stabilité dune coalition gouvernementale dans laquelle F. Müntefering ny serait plus le garant que le SPD se soumette à la discipline gouvernementale.
La nomination dA. Nahles révélait un profond malaise au sein de la direction du SPD. A. Nahles, 35 ans, ancienne présidente des Jeunes socialistes, représentait toutes les aspirations de la gauche du parti qui, pendant la campagne électorale, avait répugné à servir de simple masse de manuvre au chancelier et à son président, elle avait pris très au sérieux la campagne du SPD en faveur dune rupture avec le capitalisme (cf. larticle de Patricia Commun dans ce même numéro) et navait pas exclu une ouverture en direction du nouveau parti de gauche, Die Linkspartei, produit dun accord électoral entre PDS et WASG. Ce malaise de la direction du SPD traduisait en même temps celui de la base, éprouvée par une politique de réformes dont elle ne pouvait manquer dêtre, tôt ou tard, la victime. On retrouve ici lessentiel de ce qui explique le vote des électeurs allemands le 18 septembre 2005.
Le sens du vote des électeurs allemands
En refusant de donner la majorité à une coalition chrétienne-libérale dont le credo économique et social avait été, pendant toute la campagne électorale, néo- voire ultra-libéral (cf. à ce propos larticle fort éclairant de Jean-Louis Georget dans ce même numéro), les électeurs donnaient raison au revirement, sans aucun doute tactique, du SPD en faveur dune critique acerbe du capitalisme alors quau gouvernement celui-ci avait depuis 2002 pratiqué une politique fiscale favorable aux entreprises. Le paradoxe était que G. Schröder avait provoqué des élections anticipées pour pouvoir mener à bien la politique de réformes quil avait entamée mais ne pouvait poursuivre en raison des atermoiements et pressions de son aile gauche et quil se présentait désormais comme la conscience de gauche dune politique de réformes qui ne pourrait être équitablement sociale que sous sa direction, un manquement qui lui avait pourtant valu dêtre sanctionné lors de tous les scrutins régionaux depuis sa réélection en 2002 et avait favorisé le regroupement de la gauche à gauche du SPD. Le tour de passe-passe consistait à accréditer lidée quavec un gouvernement chrétien-libéral dirigé par A. Merkel, les réformes à venir seraient encore plus dures et moins sociales quavec un nouveau gouvernement Schröder. Lautre paradoxe était que les électeurs chrétiens-démocrates qui, assurés quils pensaient être de la victoire de la droite, avaient voté FDP pour empêcher une grande coalition récoltaient leffet inverse. Par ailleurs, lobligation de former une grande coalition confortait, au sein de la CDU/CSU, ceux qui estimaient quA. Merkel avait inutilement poussé la CDU dans le camp du néo-libéralisme (cf. lépisode Kirchhof) et compromis sa vocation sociale en tant que parti de rassemblement populaire (Volkspartei).
En obligeant chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates à gouverner ensemble, les électeurs allemands ont fait passer à ces deux partis le message quils souhaitaient quils pratiquent une politique de réformes qui soit socialement supportable. Est-ce faisable ? Et laccord intervenu entre CDU/CSU et SPD le 12 novembre 2005 répond-il à cette attente ?
Laccord de gouvernement entre CDU/CSU et SPD
CDU/CSU et SPD nont pas accouché dun grand projet, on ny trouvera pas de grandes visions ou dexplications générales pour sous-tendre un programme de gouvernement qui, en se donnant trois objectifs principaux : assainissement des finances publiques, réforme de lEtat social et création dun fonds dinvestissement, se comprend dabord comme une série de réponses à des préoccupations immédiates. 5 Au demeurant, bien des questions encore litigieuses entre les partis, nont pas été tranchées, comme la réforme du système de santé, la politique nucléaire, de nombreux aspects de politique étrangère ; cest une façon pour le SPD qui a, dans lensemble, réussi à préserver des pans entiers de sa politique passée, de réserver lavenir. Sans doute la résorption du chômage reste-t-il lobjectif No 1, mais, étrangement, le programme ne contient pas de réelles mesures en faveur de lemploi comme si le futur gouvernement, convaincu quil ny avait pas de recettes infaillibles dans ce domaine, sétait résigné à tabler, pour ce faire, sur le retour de la croissance par laugmentation de la consommation des ménages et de grands travaux. Le SPD sest opposé à ce que les primes pour le travail de nuit et les jours fériés soient soumises à limpôt, un avantage que la candidate A. Merkel sétait promise de supprimer. Il a aussi fait passer ce quil est convenu dappeler " limpôt pour les riches ", une taxe sur les revenus de 3% supérieure au taux maximal à partir de revenus de 250.000 _ par personne ou 500.000 _ par couple. La mesure nest pas simplement symbolique, cest pourtant dabord le signe manifeste que le SPD a su mettre sa griffe dans ce programme de gouvernement. Cest aussi une façon de faire mieux passer la suppression de nombreux avantages tels que la suppression de dégrèvements fiscaux pour lachat dun appartement ou dune maison individuelle, la réduction du forfait pour les déplacements entre le domicile et le lieu de travail (sa suppression même pour ceux qui travaillent à moins de 20 km de chez eux), etc
La mesure qui a le plus frappé les esprits et provoqué autant de protestations que détonnement, cest lannonce dune hausse de la TVA de 3 points à compter du 1er janvier 2007. Alors que le SPD avait rejeté lidée de relever le montant de la TVA à vrai dire sans lexclure tout à fait, par experts interposés, au nom dune nécessaire harmonisation européenne -, la CDU/CSU en avait fait un point important de son programme électoral. Une augmentation de 2 points était envisagée pour abaisser le niveau des prélèvements (à moins de 40%) par une réduction de 2 points de la cotisation à lassurance chômage, il était exclu quune augmentation de TVA serve à réduire le déficit budgétaire. Au bout du compte, la proposition est faite de faire passer la TVA de 16 à 19% et den consacrer 2 points de pourcentage à lassainissement du budget de lEtat et à linvestissement. La non tenue de lengagement électoral émeut dautant plus les consommateurs quils ont tôt fait de calculer ce que cette augmentation va représenter pour eux en termes de surcoûts. Les économistes sont encore plus circonspects sur les effets attendus en matière de relance de la consommation : en annonçant que laugmentation de la TVA ninterviendra que dans un peu plus dun an, la grande coalition espère que les ménages et les entreprises nen seront que plus tentés deffectuer les achats quils ont jusquà maintenant hésité à faire pour bénéficier encore en 2006 de lancien taux. Cest un pari sur lavenir, on ne peut exclure un effet positif sur la consommation en 2006, mais on peut également redouter que ce ne soit quun feu de paille et que lAllemagne connaisse en 2007 une nouvelle crise par une chute brutale de la consommation.
Enfin, le futur gouvernement est plus que tout préoccupé par létat des finances publiques. Alors quil préconise une réduction drastique des dépenses, il sera pourtant obligé de contrevenir à une disposition majeure de la Loi fondamentale et demprunter en 2006 plus quil ninvestira. Le trou à combler dans le budget est estimé à 20 milliards _, des experts parlent déjà dun trou qui serait en fait de 40 milliards. A Merkel exclut de pouvoir satisfaire aux critères de lUnion européenne en matière de stabilité avant 2007. Pourtant, le gouvernement annonce, parallèlement à la réduction des dépenses, un programme dinvestissement de 25 milliards _ sur quatre ans, financé par un fonds qui serait entre autres alimenté par la vente dune partie des réserves dor du pays. Il sagirait principalement de moderniser les infrastructures routières et ferroviaires, dinvestir dans la recherche et les économies dénergie. Ce programme nest pas sans contradictions, il semble surtout manquer de perspectives. A peine connu, il a été abondamment critiqué par lensemble de la presse qui reproche à la CDU/CSU comme au SPD davoir bien vite oublié leurs promesses électorales, pire, de faire, sans sourciller, linverse de ce quils avaient annoncé. Le FDP, en particulier, a eu beau jeu de reprocher à la CDU davoir renié les fondements mêmes dune politique libérale et le Linkspartei de reprocher à la CDU/CSU comme au SPD de mener une politique hostile aux salariés. Comme au temps de la coalition SPD-Verts, les mesures annoncées cherchent pour certaines dentre elles à agir sur la demande, dautres devraient agir sur loffre : il ny a plus de référence programmatique unique, keynésienne ou néo-libérale, mais la recherche de recettes qui permettent de parer au plus pressé, dans lespoir que la politique dinvestissement prévue ne contredira pas la politique daustérité budgétaire et vice-versa. Parer au plus pressé, cela pourrait nêtre pas si mal, mais les Allemands sont dabord choqués de découvrir toute la misère des budgets publics et létendue des sacrifices à consentir. Il reste que cet accord de gouvernement, sil est, aux yeux de ses signataires, un véritable contrat, ne peut servir de vademecum à tous usages, cest une première esquisse de politique qui indique une tendance que chacun des deux partenaires cherchera à infléchir dans son sens. Comme F. Münterfering la fait remarquer lors de la présentation de laccord à la presse, cest à lusage que lon pourra vérifier à quoi il est réellement bon.
Les querelles qui ont opposé chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates avant même lélection dAngela Merkel à la chancellerie montrent, sil le fallait, que cette grande coalition sera le lieu daffrontements constants entre les deux grandes formations, plus que cela ne fut le cas de 1966 à 1969. Le score réalisé par la chancelière, le jour de son élection, est également un indice : 397 députés lui ont donné leur voix, 51 députés du camp gouvernemental la lui ont refusée, sans aucun doute majoritairement des sociaux-démocrates, Encore quelle ait fait mieux que K.G. Kiesinger à qui, en 1966, près de 100 députés avaient refusé leur voix. Fin 1966, la CDU/CSU, abandonnée par le FDP sur la question du budget, a besoin dun nouveau partenaire tandis que le chancelier, L. Erhard, le père du " miracle économique ", est incapable de résorber la première crise économique à laquelle lAllemagne fédérale doit faire. En quête dun nouveau partenaire pour se maintenir au pouvoir, la CDU pousse sans ménagement L. Erhard vers la sortie et négocie un accord avec le SPD qui accepte K.G. Kiesinger, ministre-président de Bade-Wurtemberg, comme nouveau chancelier. Pour le SPD, il sagit dapporter la preuve quil a létoffe dun parti de gouvernement. Stratégie de maintien au pouvoir, dun côté, stratégie daccès au pouvoir, de lautre. En 2005, la grande coalition est dabord une coalition de perdants, la coalition de partis dont les stratégies daccès cette fois, pour la CDU/CSU - ou de maintien au pouvoir - pour le SPD telles quils les avaient initialement envisagées, ont, pour lun comme pour lautre, échoué.
La crise des deux formations a provoqué un double changement : un changement de générations, de nombreux 30-40 ans prennent la relève dans lappareil dEtat ou dans les instances des partis ; avec A. Merkel à la chancellerie et M. Platzeck à la présidence du SPD, les Allemands de lEst prennent également leur revanche sur lhistoire, on peut y voir un aboutissement normal, et bienvenu, de quinze années dunité allemande. Enfin, cette grande coalition voit le jour alors que lAllemagne renoue avec son histoire. G. Schröder avait eu du mal à faire passer son message dune Allemagne devenue " normale ". La chose semble désormais acquise. Linauguration en novembre du Temple Notre-Dame (Frauenkirche), renaissant à Dresde, après des années de restauration, des ruines provoquées par le bombardement de février 1945, a été loccasion de vérifier que lAllemagne se réconcilie avec son histoire : elle regarde lavenir en face, assurée quelle se sait de ne plus retomber dans les errements et crimes du IIIème Reich. Reconstruire à lidentique une église que lon avait laissée des années durant en ruines pour être un avertissement constant au monde est lourd de sens, les Allemands acceptent leur histoire, précisément parce quelle est devenue histoire.
Finalement, les élections anticipées ont-elles été bonnes à quelque chose ? Elles nont certainement pas contribué à clarifier la situation dans le sens souhaité par leur initiateur, G. Schröder. Pour ce dernier, elles apparaissent bien, avec le recul de quelques mois, comme le début de son abdication. Lors de la cérémonie dadieux donnée par la Bundeswehr à Hannovre, G. Schröder sest attribué le mérite davoir au moins permis à son parti de se maintenir au gouvernement. Quel aveu si lon mesure ce mérite à laune de lobjectif initialement visé ! En obligeant les deux grandes formations du pays à gouverner ensemble, les élections anticipées du 18 septembre 2005 auront au moins permis de prendre la mesure de crise que traverse lAllemagne depuis des années et denvisager une action que lune ou lautre des deux formations nauraient peut-être pas osé engager seule. En permettant à chacune delles de se cacher derrière lautre pour aller plus loin, elles offrent au pays la chance dun sursaut. Mais linconnue, cest sa durée. Mariage de raison imposé par les circonstances, chacun des partis pense déjà au moment que lhistoire lui offrira de reprendre lavantage sur lautre. Quant à A. Merkel, cest dans le cercle de ses propres amis politiques quelle risque de trouver le bras armé et vengeur qui la renversera, tant le soutien des ténors du parti et des ministres-présidents en province lui semble acquis pour des raisons purement tactiques.
* Professeur de civilisation allemande à lUniversité Charles-de-Gaulle Lille 3.