Marieluise Christadler était un esprit toujours en éveil qui ne cessait de questionner les hommes et le monde parce quelle ne se satisfaisait pas des réponses convenues ou des explications hâtives, elle avait besoin de confronter ses convictions à celles des autres, elle était une femme à la fois de dialogue et de réseau. Elle ne ménageait pas sa peine et apportait son soutien fidèle quand elle estimait quil était mérité. Cela a fait delle pendant plusieurs décennies une médiatrice entre lAllemagne et la France qui manquera, qui nous manquera. Née en 1934 à Düsseldorf, ville malaimée quelle trouvait trop snob, elle a fait des études de sciences politiques et de germanistique à Francfort sur le Main où les ressources de lInstitut détude de la littérature pour jeunes lont conduite à se pencher sur linfluence que ces livres ont exercée sur les jeunes recrues partant au front en 1914 et cette étude elle lavait conçue dès le départ comme une étude comparative entre lAllemagne et la France. En 1979, elle occupe la chaire de science politique à lUniversité intégrée de Duisbourg (Integrierte Gesamthochschule) quelle ne quittera plus jusquà sa retraite. Elle y trouve lélan des jeunes universités créées en Rhénanie-du Nord Westphalie dans les années 1970 pour parer les déficits mis en évidence par les révoltes étudiantes des années 1960.
Politiste civilisationniste, son champ dinvestigation était ce quelle appelait " civilisation française ", ce qui impliquait, à ses yeux, conformément au modèle de référence défendu par les germanistes français : lhistoire, la philosophie, la culture politique, les systèmes politique, constitutionnel et social. Son intérêt pour la France et plus encore pour les relations culturelles et intellectuelles entre la France et lAllemagne lamène tout naturellement à travailler avec lOFAJ, lInstitut franco-allemand de Ludwigsbourg où elle collabore régulièrement au Frankreich Jahrbuch et
Allemagne daujourdhui. Elle était membre du comité de patronage de la revue depuis 1989. Elle sintéresse à limagologie (Deutschland-Frankreich. Alte Klischees neue Bilder) et collabore à lInstitut Georg-Eckert de Brunswick, qui pratique létude comparée des historiographies nationales. En1985, elle publie un livre remarqué sur lutopie partagée entre les socialistes français et allemands (Die geteilte Utopie), mais elle sintéresse aussi à la Nouvelle Droite française (Alain de Benoist, Grece et ELEMENTS) qui lintrigue de par ses audaces révolutionnaires.
Marieluise Christadler a suscité chez nombre détudiantes des vocations de chercheuses et des vocations franco-allemandes, elle a aussi vigoureusement soutenu les études féminines en Allemagne, comme en témoigne lhommage que lui rendent dans ce même numéro F. Hervé et C. Ottomeyer-Hervieu en lui dédiant leur article sur le devenir du mouvement féministe en Allemagne. Entamée par la maladie qui la frappe en 1995, ses amis venaient de fêter avec elle, en mai 2004, son 70ème anniversaire à la Maison Heinrich Heine, à Paris. Ses amis lui ont dit alors sur le mode de témoignages personnels les plus divers leur affection et leur attachement - pour sa personne et pour son uvre - dans un petit livre rassemblé par sa fille Maike et son compagnon Rolf Rendtorff (MC 70, Prolibris Verlag, Kassel 2004). Allemagne daujourdhui leur présente ses sincères condoléances.
- Jérôme Vaillant -