PREFACE

Le 60ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale a été l’occasion de multiples manifestations commémoratives, il a également donné lieu à de nombreux colloques scientifiques. La guerre dans ses manifestations les plus diverses a été le plus souvent au centre des préoccupations. L’Université de la Paix de Verdun, avec le soutien du Centre mondial de la paix, a choisi de placer au centre de son intérêt les relations franco-allemandes depuis soixante ans. Dans cette ville qui symbolise de la façon la plus sanglante l’antagonisme entre la France et l’Allemagne et qui s’est, de ce fait, donné pour mission d’œuvrer pour la paix, elle a demandé à des chercheurs français et allemands de réfléchir ensemble à cette singulière destinée qui a permis à deux pays qui se voyaient " ennemis héréditaires " de devenir les partenaires d’une étroite coopération au service de l’Europe, d’examiner les causes et les conditions de leur réconciliation ainsi que les modes de leur coopération. Comment a-t-il été possible et pourquoi de passer de l’antagonisme au partenariat et à une coopération telle que celle-ci a pris le caractère d’un modèle de référence : telles étaient les questions essentielles auxquelles ont essayé de répondre les chercheurs conviés à Verdun le 8 mai 2005 lors d’un colloque dont la revue " Allemagne d’aujourd’hui " et le bulletin du Centre mondial de la paix reproduisent ensemble les actes. Le comité scientifique qui a préparé ce colloque était composé, outre des trois signataires de cette préface, de John-Peer Neelsen, professeur de sociologie à l’Université de Tübingen, de Séverine Cellard-Debadts et de Véronique Harel, toutes deux chargées de mission ‘Politique de Mémoire’ au Conseil général de la Meuse.

Après une conférence introductive consacrée à ce qu’est devenue, avec le temps, la journée du 8 mai 1945 dans nos représentations, une première série de quatre communications a étudié comment a germé l’idée de réconciliation, quelles difficultés il a fallu surmonter pour en venir à une coopération fructueuse, qui, à vrai dire, a connu des succès divers selon les domaines où elle a été appliquée. Une place remarquée a été faite à l’Office franco-allemand pour la jeunesse, l’OFAJ, représenté par son coordinateur allemand, Rudolf Herrmann. Une autre série de communications a étudié ensuite le rôle des deux pays dans la construction tant politique qu’économique de l’Europe, pour chercher à vérifier ce que les deux pays, sur la base des visions qu’ils ont de l’Europe, peuvent apporter à l’intégration de l’Union européenne alors qu’elle s’engage sur la voie du plus vaste élargissement jamais tenté, en direction des pays d’Europe de l’Est et des Pays baltes.

Le colloque a été clôturé par une table ronde présidée par François Roth, professeur émérite de l’Université de Nancy 2, à laquelle ont participé Ingo Kolboom, professeur d’études sur la France et le monde francophone à l’Université de Dresde et membre du Haut Conseil culturel franco-allemand, Hans Manfred Bock, professeur de science politique à l’Université de Kassel, J. P. Neelsen et Jean-Denis Mouton, professeur de droit public à l’Université de Nancy 2 et directeur de l’Université de la Paix. Ils ont cherché à savoir si " la France et l’Allemagne avaient en Europe un avenir commun ". Le débat a largement tourné autour de la constitution européenne dont on pressentait que les Français pouvaient la rejeter tout en espérant que le oui l’emporterait. Le débat a été animé, controversé, il avait le grand mérite d’être franco-allemand et pas seulement franco-français. Le colloque a, dans son ensemble, témoigné de la maturité qu’a atteinte aujourd’hui la coopération entre la France et l’Allemagne, sans gommer ses hauts et ses bas.

J.-L. DEMANDRE, A. KIMMEL et J. VAILLANT